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    Rescapée, Partie IV, Finale

    Voilà, publication de la dernière partie, avec beaucoup de retard. Mes excuses à ceux qui attendent depuis longtemps, j'espère que cela n'entachera pas le plaisir de la lecture.

    Encore une fois Monsieur le censeur va être en colère. Pour tout vous dire, il risque même l'apoplexie cette foi-ci : certaines scènes, et notamment l'une d'entre elles sont d'un niveau de violence sensiblement plus élevé que dans mes dernières histoires. Je conçois que cela déplaise, ou paraisse hors de propos, mais j'assume totalement. Rescapée avait été pensée dès le départ comme une sorte d'expérience, d'exploration des limites forcément floues de ce que j'écris. Et je dois dire que je suis très satisfait du résultat. J'ose espérer qu'il en sera de même pour vous.



    + + +

    Un choc violent. Puis un autre. Suivi d’un troisième. Kyra toussa et reprit connaissance. Alors que les fils de son existence se rebranchaient successivement, ses sens lui revinrent avec toute leur abominable acuité. Elle avait mal là où elle était attachée et son corps baignait dans une enveloppe de sueur froide. Son sexe la tenaillait d’un désir inassouvi mais on ne l’y chatouillait plus. Sa poitrine lui faisait souffrir le martyre. A travers le brouillard qui obscurcissait ses yeux aveuglés par les larmes et les néons, elle distinguait les trois médecins penchées sur elle. L’une d’entre elles, Marie semblait-il, tenait les électrodes d’un défibrillateur, tandis que Tanja brandissait une seringue à l’aiguille d’une longueur impressionnante. Aurélie était munie d’un stéthoscope et auscultait la jeune femme.

    - C’est bon le cœur est reparti.

    Elle jeta un regard déçu à la prisonnière.

    - Ca m’apprendra à ignorer les paramètres cardiaques. Ca aurait été trop bête de te perdre comme ça, maugréa-t-elle plus pour elle-même que pour sa victime.

    Kyra était épuisée au-delà de toute description. Elle était si faible qu’elle n’arrivait même plus à émettre d’autres sons que de faibles râles d’agonie. Les trois tortionnaires restèrent un moment interdites jusqu’à ce que Tanja demande, visiblement agacée :

    - On va quand même pas arrêter si près du but, si ? Merde, on était à deux doigts de boucler le protocole !

    - Je sais, répliqua sèchement Aurélie. Mais regarde-la : tu crois qu’elle est en état ?

    Marie jeta un coup d’œil sur son écran de contrôle :

    - Si elle ne jouit pas dans les minutes qui viennent, son cerveau risque de devenir irrécupérable.

    Aurélie la fusilla du regard, provoquant un léger mouvement de retrait de la jeune neurologue.

    - Hé, je ne fais que lire les chiffres…

    D’un geste, la chef de l’équipe lui intima de se taire.

    - Ca va. Tanja, vois ce que tu peux faire.

    La blonde fit la moue, mais ne discuta pas. Elle enfila une paire de gants en latex et commença à masser le clitoris de la prisonnière. Celle-ci réagit instantanément par des soupirs voluptueux et une accélération de son rythme respiratoire. A mesure que le massage devenait plus soutenu, Kyra semblait retrouver de la vigueur et lorsque l’orgasme la frappa, un cri d’une surprenante intensité franchit la barrière de ses lèvres extatiques. A cet instant précis la machine qui enregistrait son activité cérébrale émit un bip, et les données affichées se mirent à évoluer à une étonnante vitesse. Marie écarquilla les yeux, incrédule :

    - C’est pas possible…

    - Quoi ? aboya Aurélie.

    - Heu… je crois qu’il faut que vous veniez voir vous-même.

    Décidément au bord de l’explosion de colère, la médecin chef se porta à la hauteur du pupitre de commande, mais à peine avait-elle posé les yeux sur l’écran qu’elle en resta figée un instant.

    - En… effet. L’activité semble repartir, et d’un seul coup en plus. Tous les paramètres reviennent à la normale. C’est incroyable, c’est comme si avoir un orgasme l’avait régénérée. Ca ne peut pas être par hasard…

    Ses yeux fixaient le vide alors qu’elle réfléchissait rapidement. Puis, sous le coup de l’inspiration, son visage s’éclaira.

    - L’adrénaline. Tu lui as fait une injection tout à l’heure, n’est-ce pas ?

    - Ah ben oui, confirma Tanja en haussant les épaules. Et alors ?

    - Et alors ? C9H13NO3, ça te dit rien ?

    Au tour de Tanja de réfléchir. Lorsqu’elle comprit où sa collègue voulait en venir, elle jeta un regard sceptique à la prisonnière.

    - Tu crois que… Ca paraît possible, et ça ouvre pas mal de possibilités. Mais il faudrait faire un prélèvement.

    Aurélie acquiesça et alla chercher dans une trousse médicale une petite aiguille pour faire des prises de sang. Tanja émit une réserve :

    - On devrait plutôt faire une biopsie du cœur, non ? Histoire d’optimiser les résultats…

    Sa collègue balaya la suggestion, ironique :

    - Ca va pas, non ? On va pas l’ouvrir en deux maintenant et la renvoyer dans sa chambre pendant deux jours, alors qu’on peut donner tout de suite quelques millilitres de sang au labo et continuer de la tester pendant qu’ils cherchent. En plus, si on fait une demande pour réserver un bloc opératoire, ça va prendre du temps, sans compter celui qu’on va perdre à se justifier. Et l’équipe de Rébecca risque de nous passer devant. Déjà que cette garce nous pompe systématiquement tous nos résultats pour essayer de nous griller, je n’ai aucune envie de lui donner raison à 200 mètres de la ligne d’arrivée.

    - C’est vrai, reconnut Tanja.

    - Eh oui, conclut Aurélie en ponctuant sa phrase d’un clin d’œil insolent. C’est pour ça que c’est moi qui suis chef d’équipe et pas toi.

    Pendant qu’elle effectuait la prise de sang, concentrée sur ce qu’elle faisait, elle sourit en pensant à l’air vexé que devait avoir arboré sa collègue en réaction à son léger coup de griffes. L’adage comme quoi les nordiques étaient des gens placides et sereins était complètement faux dans le cas de la très irritable Tanja. Pas mal de plaisanteries fusaient à ses dépends, favorisées par la concurrence entre les équipes de recherche, mais rares avaient été celles qui avaient eu le cran de les lui dire en face. Ces dernières avaient d’ailleurs fini à l’infirmerie. Néanmoins, malgré son caractère irascible et son manque total d’imagination, Tanja était sans doute un des meilleurs médecins de la clinique. Mieux, sa rigidité psychologique en faisait quelqu’un de facile à contrôler, pour une femme au leadership aussi éprouvé que celui d’Aurélie. Dès le premier jour, leur association s’était révélée parfaite, et les résultats atteints l’avaient confortée dans son choix. Elle regrettait cependant que la meilleure neurologue disponible ait été recrutée par Rébecca, laquelle était en charge d’une équipe concurrente très efficace et motivée. Mais finalement Marie s’en était plutôt bien sortie jusque là malgré sa relative inexpérience.

    - Voilà, c’est fait !

    Aurélie confia la petite ampoule remplie de fluide vital à Marie.

    - Porte ça au labo, et ne les lâche pas avant qu’ils aient commencé les analyses. Je veux savoir avant ce soir si on a vu juste ou pas. Si oui, je vous garantis qu’on va fêter ça, et c’est moi qui vous invite. Ne t’inquiète pas pour le compte rendu, je le terminerai pour toi.

    La jeune neurologue jeta un regard désolé à Kyra :

    - Et elle, qu’est-ce qu’on va lui faire ?

    - Elle ? Eh bien on va faire exactement comme c’était prévu : on va achever le protocole expérimental. Avec un peu de retard, mais ce n’est pas grave. Après tout que serait la science sans les accidents ? C’est comme ça qu’on a découvert l’ADN. Et puis ne t’en fais pas pour notre petite cobaye. Regarde la : on dirait qu’on ne l’a même pas encore touchée.

    En effet, et de façon extrêmement surprenante, Kyra semblait aller beaucoup mieux, à en juger par la force avec laquelle elle avait recommencé à éprouver ses liens, ainsi que par la vivacité retrouvée de son regard. Les praticiennes expérimentées qu’étaient Aurélie et Tanja avaient même peine à croire que la jeune femme avait un instant plus tôt manqué de succomber à un arrêt cardiaque. Alors que Marie s’éclipsait, la prisonnière redressa la tête et s’adressa à ses bourreaux :

    - J’en ai assez, j’en peux plus. Combien de temps vous allez encore me torturer ? Je vous en prie, je suis une femme comme vous, je suis un être humain, comment est-ce que vous pouvez me traiter comme ça ?

    Les deux médecins échangèrent un regard entendu. Kyra comprit qu’elle n’était sans doute pas la première à essayer de faire ainsi appel à leur humanité. Elle se demanda combien de pauvres filles s’étaient retrouvées ainsi, nues et ligotées, sans espoir devant la barbarie de leurs tortionnaires, et combien de temps elles avaient résisté avant que la torture et le désespoir ne finisse par détruire leur esprit. Comme si elle avait deviné à quoi elle venait de penser, Aurélie lui confia :

    - Tu sais, je vais te faire un aveu : tu es de très loin notre sujet de test le plus résilient. Nous t’avons soumise aux pires traitements qui soient, et tu es encore là. Mieux : tu as même survécu à un arrêt du cœur, et moins d’une heure après tu es là à nous demander un répit. Sans te rendre compte que n’importe quelle fille dans ta situation serait en ce moment enchaînée sur un lit d’hôpital, et sous assistance respiratoire. C’est plus que remarquable : c’est impossible.

    Elle se dirigea lentement vers le chariot d’accessoires, en exposant sa théorie d’un ton docte, tandis que la nervosité de Kyra augmentait à mesure que se réduisait la distance qui séparait Aurélie de son but :

    - Voilà ce que je pense, et je te l’explique en termes simples pour que tu comprennes. Nous avons été engagées pour mettre au point une nouvelle méthode d’interrogatoire, ne laissant pas de traces et étant susceptible de produire des résultats plus probants que celles employées actuellement par tous les gouvernements du monde. Nous avons donc travaillé sur la question et cela a débouché sur la drogue que nous testons sur toi depuis des mois maintenant. A chaque expérience, les données collectées nous permettent d’affiner le produit, et de le rendre plus efficace. Voire comme aujourd’hui d’en découvrir des propriétés jusqu’alors inconnues.

    Elle saisit quelques objets sur le chariot, mais en experte de la torture psychologique, les déroba à la vue de Kyra. Puis elle fit le chemin en sens inverse, avec la même lenteur exagérée et continua de discourir comme si de rien n’était.

    - Tout à l’heure ton cœur s’est arrêté et pour le faire repartir nous avons été obligées de te faire une injection d’adrénaline. Mais pendant ce temps tes neurones étaient surchargés de molécules qui envoyaient des signaux d’excitation sexuelle à travers tout ton système nerveux, donc par mesure de précaution nous t’avons laissée jouir pour éviter de te perdre définitivement. Ce faisant nous avons eu la surprise de constater que cela avait eu sur toi un effet plus que bénéfique, vu que tu sembles avoir récupéré pas mal de tes facultés en un temps record.

    Elle s’arrêta à la hauteur des pieds de la prisonnière, toujours ligotés par les orteils.

    - Voilà où nous en sommes de nos observations. Nous pourrions nous en tenir là pour aujourd’hui, consigner tout cela dans un rapport et te libérer. Mais une théorie n’a aucune valeur tant qu’elle n’est pas validée par l’expérience, n’est-ce pas ?

    Le terrible sous-entendu n’échappa pas à Kyra. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale tandis que la médecin poursuivait :

    - Eh oui ma belle, c’est loin d’être terminé. Vu que tu es en condition de recevoir ton traitement, on ne va certainement pas se priver de coiffer au poteau toutes les autres équipes qui travaillent sur le projet. Mais si ça peut te rassurer, sache que nous allons y aller progressivement. On ne sait jamais. Oh, et juste au cas où tu aurais l’idée de vouloir nous abreuver encore de tes pathétiques gémissements, on va être obligées de te réduire au silence

    Sans laisser le temps à leur victime d’émettre la moindre protestation, Tanja fit le tour de la table et colla une large bande de chatterton sur la bouche de Kyra. A l’écoute des adorables « mmmmmh » étouffés de la jeune femme, un franc mais éphémère sourire vint illuminer son visage d’ordinaire fermé. Elle rejoignit ensuite sa collègue :

    - Qu’est-ce que tu suggères ?

    - A mon avis, on a davantage de chances en la poussant fort dès le début, c'est-à-dire en reproduisant à peu de chose près les conditions du début de l’expérience.

    - On devrait quand même varier un temps soit peu les paramètres.

    - Evidemment ! Je ne me rappelle pas avoir dit qu’on devait reproduire « exactement » les conditions précédentes…

    - Alors c’est quoi la variable ?

    - Les pieds, déclara Aurélie en dressant le menton vers ces derniers. On sait qu’ils sont relativement plus sensibles que le haut du corps, surtout entre les orteils. On attaque en progressif, en augmentant rapidement l’intensité, pour qu’elle puisse tenir le rythme. Une fois qu’elle est assez fatiguée, on lui fait un nouvel orgasme et on regarde les chiffres. Et si ça confirme ce qu’on pense, on continue comme ça en changeant constamment les variables jusqu’à épuisement total, soit des techniques, soit du sujet.

    Tanja hocha la tête.

    - Ca me paraît parfait. On y va ?

    A l’annonce du programme de son prochain supplice, Kyra s’était mise à secouer la tête de droite et de gauche, en essayant désespérément de protester à travers son bâillon. Evidemment cela ne produisit d’autre effet que d’amuser ses bourreaux une nouvelle fois. Ces dernières approchèrent leurs tabourets de l’extrémité de la table, et après s’être assises confortablement elles se mirent à chatouiller les pieds de leur victime. Directement et de leurs seul ongles. Après avoir été soumise aux techniques et instruments de torture les plus raffinés, ce contact abrupt surprit Kyra mais les effets ne se firent pas attendre : ses jambes se contractèrent violemment et le son de ses rires étouffés emplit la pièce. L’odeur de sa peur, aussi. Elle savait que cette introduction, déjà insupportable, n’était rien au regard de la gradation que la séance allait connaître. Le savoir, c’était déjà une torture.

    Elle ne s’en rendait pas compte, mais cette entrée en matière avait également un caractère récréatif pour les deux professionnelles qui bénéficiaient d’un peu plus de liberté que d’habitude pour chatouiller leur victime. Elles faisaient même assaut d’ingéniosité pour asticoter, tourmenter, gratter et exaspérer de mille façons différentes la peau tendue de ses plantes de pieds immobilisés. Tantôt, elles assaillaient un point sensible en particulier, faisant grimper les cris de la prisonnière dans l’aigu, tantôt elles attaquaient l’ensemble de la surface disponible par des chatouilles plus faciles à supporter en attendant un nouvel assaut conjugué. Jouer avec les nerfs de la victime, faire que son imagination travaille contre elle, était une technique que les employées de la clinique maîtrisaient à la perfection.

    Aurélie finit par déclarer que « l’échauffement » de la prisonnière était terminé et que les choses sérieuses pouvaient commencer. Sur ce, et sans laisser à Kyra le temps de reprendre son souffle, elles produisirent des pinceaux dont la pointe fine et souple s’était révélé un véritable supplice au cours des séances des jours précédents. La jeune femme hurla dans son bâillon de toutes ses forces lorsque ses bourreaux s’en prirent à son point sensible le long du milieu de la plante, le chatouillant à répétition sans jamais relâcher la pression. Le va et vient des poils souples sur cette petite zone envoyait de véritables décharges électriques le long du corps de la prisonnière qui s’était mise à trembler de façon impressionnante. N’eut été le rire qu’on discernait parfois derrière les hurlements étouffés par la bande adhésive, on eut pu croire que la pauvre Kyra était victime d’une crise d’épilepsie. En réalité, elle luttait de toutes ses forces pour échapper à son contraignant bondage, et le fait de ne pas y parvenir ajoutait encore, si cela était possible, au tourment doucereux qui s’exprimait sous ses pieds nus.

    Toujours sur un ordre de la médecin chef, les deux femmes décidèrent de mettre encore davantage à l’épreuve la sensibilité de leur victime. Profitant de l’immobilisation de ses orteils, elles chatouillèrent les espaces entre ces derniers, qu’elles savaient ultra sensibles. Au lieu des longs passages qu’elles réservaient aux milieux des plantes, elles optèrent pour de petits attouchements brefs dont le caractère frénétique fit rapidement regretter à Kyra le supplice qui venait de précéder. Elle essayait désespérément de fléchir les doigts de pieds mais là encore leur immobilisation était parfaite, et au bout d’un moment passé à lutter la jeune femme dut se résoudre à subir, sans pouvoir compter sur autre chose que l’improbable pitié de ses bourreaux. Sa résignation ne rendit hélas pas ses sensations moins intenses et les chatouilles lui arrachaient les plus terribles cris. Rapidement, cette irrépressible impression d’être dépossédée de son corps lui revint dans toute son acuité et la plongea un peu plus dans l’effroi.

    Le panneau de contrôle neural se mit à émettre une série de bips qui signala la fin provisoire de la séance de torture. Comme un seul homme, les deux complices arrêtèrent immédiatement de chatouiller leur victime, et celle-ci se détendit d’un coup, son impressionnant relâchement musculaire témoignant de l’intensité de l’épreuve qu’elle venait de subir. Evidemment, dans ce lieu de calvaire, une épreuve ne cessait que pour laisser la place à une nouvelle, en général plus redoutable que la précédente. Et la confirmation vint à Kyra lorsqu’elle vit qu’Aurélie préparait une nouvelle seringue de ce produit qu’elle ne connaissait que trop bien. Alors qu’elle lui faisait l’injection, elle lui glissa à l’oreille :

    - C’est ton grand moment, ne nous déçois pas…

    L’insoutenable envie déferla une fois de plus dans son corps, saturant ses sens et la rendant folle de désir. Elle poussa une longue plainte, dont la tristesse aurait fendu le cœur de beaucoup de gens, mais qui pour ses bourreaux était une simple indication des effets du produit. Ces dernières contemplèrent la détresse de leur victime atteindre son paroxysme avant de seulement entamer les préparatifs de son supplice le plus retors. Aurélie révéla ce qu’elle était allée chercher tantôt sur le chariot : il s’agissait d’une boîte de métal, comme celles permettant de ranger des instruments de chirurgie. Elle l’ouvrit et en sortit un petit ustensile, copie conforme de celui avec lequel Kyra avait été torturée presque à mort auparavant, à ceci près qu’il ne mesurait qu’à peine quelques centimètres. La boîte en contenait d’autres, huit au total qu’Aurélie exhiba l’un après l’autre, afin que la prisonnière les voie, avant de les aligner sur le bord de la table, méthodiquement. La jeune femme était évidemment nerveuse, mais son esprit toujours torturé par le désir sexuel, elle ne parvenait pas à se représenter l’utilisation que ses tortionnaires allaient en faire. Ce ne fut que lorsque Aurélie clampa l’un des petits instruments directement sur un des étriers d’où partaient les cordelettes qui entravaient ses orteils que Kyra réalisa, horrifiée, quel serait son supplice. La courte protubérance passait juste dans l’intervalle entre ses doigts de pieds, et lorsque ses petites pointes souples se seraient mises à vibrer à toute vitesse, la sensation allait se révéler à n’en point douter ni plus ni moins qu’inhumaine. Alors que la médecin chef mettait en place chacun des sept ustensiles restants, la respiration de la jeune femme s’accéléra et elle tenta par tout les moyens de faire comprendre à ses bourreaux qu’elle était prête à tout pour ne pas subir cela. Malheureusement, son regard suppliant ne parvint même pas à rencontrer celui des expertes qui de toute façon ne s’en seraient certainement pas émues.

    Après avoir vérifié plusieurs fois l’écartement des orteils de la prisonnière et la position de chaque appareil, Aurélie ordonna à Tanja de se placer devant le moniteur, précisant qu’il était capital que quelqu’un puisse suivre l’évolution des courbes en temps réel. Puis, elle sortit une télécommande de sa poche et démarra le supplice d’une pression sur un bouton. Aussitôt les moteurs miniatures des petits engins se mirent en marche, les faisant vibrer si vite que leurs contours devinrent flous. La décharge d’exaspération qui frappa alors de plein fouet le cerveau de Kyra était pareille à un tsunami : dévastatrice et incommensurable. Cela se traduisit immédiatement en chiffres sur le moniteur, mais ils étaient loin du compte. En réalité aucun symbole mathématique ne pouvait retranscrire l’enfer où la prisonnière venait d’être projetée. Les sensations de chatouilles emplirent tout l’espace, exclusives et sans pitié, se propageant depuis ses pieds nus pour la rendre folle, avec une effroyable ambiguïté : celle d’un supplice qui, s’il en a indiscutablement les atours, n’est jamais ni douloureux ni supportable. Une sorte d’enfer blanc où les sens exercent sur le corps et l’esprit une tyrannie absolue.

    Kyra fut de nouveau happée par la réalité lorsque Aurélie coupa les vibrations. Essayant de reprendre son souffle, difficilement car ses lèvres toujours maintenues scellées lui interdisaient de respirer par la bouche, la jeune femme devint instantanément la victime de l’autre torture, celle qui serrait son bas-ventre dans un étau de frustration amère. Haletante, elle espérait que les tortionnaires allaient s’en tenir à leur programme, la faisant jouir comme elles l’avaient promis, car elle n’en pouvait plus. Elle était tellement désespérée que lorsque Aurélie se munit d’un vibromasseur elle n’osa en croire ses yeux, tant elle avait peur d’une nouvelle et cruelle déception. Mais quand elle le posa, allumé, sur le sexe de sa victime, celle-ci accueillit la douce sensation de volupté avec une immense reconnaissance. Mieux : la femme défit la sangle qui maintenant le bassin de la prisonnière immobile afin que celle-ci puisse accompagner de ses hanches la vibration qui la rendait folle de plaisir. Elle jouit violemment, avec l’impression de littéralement se dissoudre dans ses liens, le bien être qu’elle ressentait étant proportionnel à la frustration qu’elle avait éprouvée en attendant l’orgasme. Le plaisir se répandit en elle comme une vague bienfaisante, détendant ses muscles douloureux et irradiant ses sens mis à rude épreuve par la torture. Pendant une seconde de plénitude absolue, elle oublia totalement le supplice que ses orteils venaient d’endurer.

    Hélas c’était bien trop court : cela n’avait pas pris plus de quelques minutes, et déjà Aurélie demandait à Tanja, anxieuse, si l’orgasme avait bien eu l’effet escompté. Le large sourire, très inhabituel chez elle, de la belle nordique était suffisamment éloquent. La médecin chef réenclencha aussitôt le mécanisme de torture qui se remit froidement à ravager les sens de la pauvre Kyra. Cette dernière, avant que son cerveau ne disjoncte, réalisa que cette alternance de chatouilles et de plaisir avait toutes les chances de la rendre folle. Personne ne pouvait subir une chose pareille sans y perdre l’esprit. Aurélie vint auprès d’elle et, d’un geste, arracha la bande de chatterton qui la bâillonnait encore.

    - Tu peux hurler, lui lança-t-elle sans une once de chaleur dans la voix. Ca n’a plus aucune importance.

    + + +

    Elle était encore à demi consciente mais ses jambes refusaient de la porter, alors les gardiennes qui l’avaient saisie sous les aisselles n’avaient d’autre choix que de la traîner de force. Au milieu de la pièce, une paire de chaînes en acier terminées par des menottes pendait du plafond. Parvenues juste en dessous, l’une des gardiennes abandonna son fardeau à sa collègue le temps de boucler les entraves autour des poignets de la prisonnière, tandis que celle qui soutenait cette dernière la laissa retomber sur le carrelage avec soulagement, et sans la moindre once de compassion. D’une brusque traction sur le système de poulies auxquelles les chaînes étaient reliées, elles mirent celles-ci en tension de façon à hisser Kyra à la verticale. La jeune femme cria de douleur quand elle quitta le sol, suspendue par les bras. Les deux officiers de sécurité la laissèrent ainsi, les pieds nus pendant à une dizaine de centimètres, s’agitant faiblement mais désespérément pour trouver un appui qui soulagerait les élancements de ses épaules. La souffrance accéléra son réveil, et lorsqu’elle réalisa où elle était, elle comprit que son calvaire ne venait que de commencer.

    Deux infirmières venaient d’entrer : Kyra ne les voyait pas mais elle avait perçu le bruit distinctif que faisaient leurs claquettes sur le sol carrelé et humide. Instinctivement, elle se contorsionna pour chercher à pivoter, de façon à leur tourner le dos, car elle ne savait que trop bien ce qui l’attendait. Lorsque le jet d’eau se mit en marche à pleine puissance, il vint la frapper avec la force de dix hommes et la projeta vers l’avant, faisant tinter ses chaînes. Immédiatement après suivit la sensation piquante du froid et de l’eau qui coulait le long de son corps. Lorsque la tempête remonta vers son visage, elle essaya de prendre une grande inspiration en anticipation, mais le jet la heurta à la poitrine et lui coupa net le souffle. Durant le temps infini que sa tête passa submergée par la tourmente liquide, il lui sembla qu’elle se noyait. Elle tenta de s’agiter maladroitement de gauche et de droite, ou de se protéger du mieux qu’elle pouvait derrière ses bras tendus afin de profiter d’un répit pour reprendre un tant soit peu son souffle. Alors qu’elle sentit qu’elle allait suffoquer pour de bon, le jet redescendit le long de son corps nu et continua de la ballotter en tous sens avant de s’interrompre brutalement, aussi soudainement qu’il avait commencé. Les infirmières se retirèrent et les gardiennes vinrent la détacher, puis elles la séchèrent sommairement.

    Alors qu’elles allaient l’empoigner, Kyra se leva lentement en prenant appui sur un mur et leur fit signe qu’elle parviendrait à marcher. La jeune femme avait l’air assez pitoyable, ainsi nue et encore à moitié trempée, les cheveux en désordre. Mais elle avait repris ses esprits et son escorte, ne voyant que les efforts que cela leur économisait, ne trouvaient rien à y redire. Elles la raccompagnèrent donc à sa cellule et repartirent aussitôt la porte verrouillée. La première chose que nota Kyra était l’absence de Valérie : ou bien elle avait été réquisitionnée pour un test, ou bien Marion n’en avait pas encore fini avec elle. Dans les deux cas c’était très mauvais signe. Soudain, le sol se déroba sous ses pieds et elle chuta lourdement : après les séances de torture où elle avait failli mourir, les effets néfastes de la drogue qui la rendait nauséeuse, et la douche à haute pression dont elle venait de sortir, son corps lui faisait comprendre qu’il ne pourrait en supporter davantage. En priant au fin fonds d’elle-même que sa compagne de cellule lui revienne en bonne santé, la jeune femme tituba vers son lit, hélas vide, s’y allongea et s’endormit bien vite.

    Aucun cauchemar ne vint la tourmenter cette fois-ci, et elle passa tout son temps de sommeil dans une sorte d’état semi conscient, à flotter dans une autre réalité, libre et sans entraves. C’était à la fois rassurant et réparateur : Kyra aurait voulu rester ainsi pour toujours. Malheureusement pour elle, ce petit moment de bonheur devait se voir lui aussi promptement gâché. La porte s’ouvrit violemment avec son habituel grincement qui vrillait les tympans, et cela fit se redresser brutalement la jeune femme, en anticipation d’une éventuelle agression de la part de l’équipe de surveillance. Ce qu’elle vit lui glaça le sang : deux gardiennes soutenant Valérie, inconsciente, traînèrent celle-ci jusqu’à sa couche, l’y jetèrent sans ménagement et se retirèrent aussi vite qu’elles étaient entrées. La porte n’était même pas encore verrouillée que Kyra s’était déjà précipitée au chevet de son amie. Il émanait d’elle une épouvantable odeur de transpiration et d’urine. Sa culotte et son t-shirt étaient souillés de tâches collantes et lorsque la jeune femme tenta de les lui retirer délicatement, elle constata que son corps était couvert de bleus. La rage monta en elle : les médecins faisaient déjà de leur détention un martyre, mais Marion, elle… Elle détruisait les détenues pour son propre plaisir égoïste et sadique. Voir la seule femme qui l’avait traitée depuis le premier jour comme un être humain réduite ainsi à l’état d’épave emplit Kyra d’une colère froide et incommensurable.

    Valérie laissa échapper un pitoyable gémissement dans son sommeil, où son bourreau devait encore l’avoir poursuivie en rêve. La jeune femme la prit dans ses bras et lui caressa tendrement ses magnifiques cheveux couleur d’argent en lui murmurant doucement des paroles apaisantes. Au bout d’un moment, elle se calma : Kyra pouvait sentir ses muscles se détendre contre son corps. C’est alors que la jeune femme prit la décision la plus importante depuis le début de cet enfer. Elle fit silencieusement le vœu de tuer Marion, même si elle devait y laisser sa vie. Chaque minute que la gardienne-chef passait à respirer était une insulte faite à la souffrance et surtout au courage de Valérie. Elle ne savait pas encore comment elle allait s’y prendre, mais elle se jura qu’elle allait y parvenir, quel qu’en serait le prix à payer. Elle était condamnée, de toute façon. Cet acte donnerait enfin un sens à sa captivité, à sa peine et à l’amitié qu’elle avait nouée avec cette femme à qui elle devait de jouir encore de ses facultés. Il étant temps pour Kyra de payer sa dette.

    + + +

    Le mess était plus bruyant qu’à l’accoutumée. Malgré les interventions musclées et répétées des gardiennes, les filles murmuraient entre elles. Que ce soit dans la file d’attente ou aux tables, le brouhaha était persistant. C’était très inhabituel, et les officiers de sécurité étaient visiblement nerveuses. Un peu dépassées, elles patrouillaient d’un pas rapide entre les rangées, distribuant allègrement des avertissements oraux dans des mots très crus, voire dans le cas des plus zélées, des coups de matraque. Ce qui entraînait systématiquement des protestations groupées à l’autre bout de la salle, où les gardiennes se voyaient obligées d’intervenir également. Ce frémissement de défi qui agitait les prisonnières, de par son caractère aussi incongru qu’inattendu, était très inquiétant pour l’équipe d’encadrement, et cette dernière finit par se résoudre, après en avoir conversé discrètement, à faire appel à des renforts.

    Debout dans la file d’attente qui avait été arrêtée le temps que le calme revienne, Kyra savourait le chaos qui l’entourait, et dont elle avait involontairement été à l’origine. Marion n’y était pas allée de main morte avec Valérie, et après avoir parlementé avec une gardienne moins rigide sur le règlement que ses consoeurs, Kyra avait obtenu d’envoyer son amie à l’infirmerie, contre les instructions de la gardienne-chef. Son état alarmant avait provoqué un rapport signé par l’infirmière qui la soignait, lequel était apparemment remonté très haut dans la hiérarchie de la clinique. Marion avait été convoquée par le conseil d’administration, mais alors même que la teneur de la confrontation était restée ignorée de toutes, quelques gardiennes trop bavardes avaient imprudemment fait courir parmi les détenues le bruit que l’officier de sécurité la plus gradée de l’établissement avait reçu de ses chefs un véritable camouflet. Dès lors, son autorité et celle de tout son personnel s’était effritée, de façon d’abord silencieuse, puis de plus en plus évidente. Un nombre croissant de prisonnières s’étaient mises à refuser d’obtempérer et défiaient ouvertement leurs geôlières. Elles étaient bien sûr punies, et par des châtiments souvent disproportionnés, nourris par le sentiment de fureur et d’impuissance de Marion face à la dégradation de son image. D’ailleurs, les cellules d’isolement ne désemplissaient pas et il ne s’était plus passé un repas sans qu’une fille ne soit conduite sur l’estrade. Mais cette avalanche de punitions n’avait fait que liguer davantage de détenues, unies à la fois par leur souffrance quotidienne et la possibilité d’atténuer un peu celle-ci par des actes de bravoure qui étaient autant d’exutoires à leur sentiment d’injustice.

    Tout cela n’était pas le fruit d’un plan réfléchi et méthodiquement mis à exécution. C’était au contraire la conséquence logique, presque automatique, des actions abusives de Marion, qui avait outrepassé à son seul profit le cadre de son devoir professionnel. Dans tout système, aussi absurde et cruel soit-il, des règles tacites se mettent en place, et malheur à qui les transgresse. Le contrôle de la clinique était en train d’échapper peu à peu à ses propriétaires, et la gardienne-chef avait de plus en plus de mal à leur dissimuler cette situation préoccupante. Elle avait d’ailleurs intérêt à ce que ses employeurs ignorent tout du nouveau rapport de forces : une officier de sécurité dépourvue d’autorité n’aurait plus eu aucune utilité à leurs yeux. Voir ainsi la tortionnaire de son amie perdre petit à petit son influence et son aura de terreur avait réchauffé le cœur de Kyra mais cela n’avait été qu’un entremets, qui avait à peine apaisé sa haine. Marion aurait à payer de sa vie le mal qu’elle avait fait, non seulement à Valérie mais aussi à toutes les autres détenues. Au fond d’elle-même la jeune femme se désolait d’être devenue à la fois aussi dure et désespérée, mais il lui suffisait de repenser à l’horrible vision du corps nu et martyrisé de sa camarade de cellule pour se conforter dans sa résolution.

    Les portes de la cantine s’ouvrirent en grand pour laisser passer une demi-douzaine de gardiennes venues prêter main-forte à leurs collègues en difficulté. A leur tête, Marion, visiblement contrariée, avait malgré tout l’air moins sombre qu’à l’accoutumée. Peut-être avait-elle vu dans ce choc frontal la possibilité de regagner un tant soit peu le respect qu’elle avait perdu ? En tout cas, pensa Kyra, en matière de choc frontal elle n’allait certainement pas être déçue. Les nouvelles arrivantes se dispersèrent en formation tactique, de façon à couvrir le maximum de surface, et avancèrent vers le fond de la salle d’un air décidé, balayant d’un regard dur les rangées de tables, semblant défier les prisonnières de déclencher les hostilités. Leur arrivée provoqua un flottement parmi les agitatrices, et pendant un moment on eut pu croire que leur seule présence avait réussi à faire revenir le calme pour de bon. Mais on pouvait voir que certaines filles étaient en train de communiquer, au moyen de signaux discrets mais efficaces. Quelque chose se préparait.

    L’air de rien, Kyra ne perdait pas sa cible des yeux. Marion marchait d’un pas lent à travers la pièce, analysant la situation de son œil d’experte, jaugeant les forces en présence et échafaudant une riposte. Imperceptiblement, elle s’était rapprochée de la file d’attente, à laquelle elle n’avait pourtant accordé qu’un regard distrait, son attention s’étant focalisée sur une grande brune attablée plus loin, dont l’air de défi avait semblé la désigner comme une meneuse. Kyra glissa une main sous son t-shirt, furtivement, et elle récupéra le fin morceau de carrelage qu’elle avait fixé contre son ventre avec une bande de scotch. Elle l’avait trouvé plusieurs jours auparavant sur le sol de la salle de douche, et l’avait ramassé. Il s’était cassé en pointe, et son bord était fin et très coupant, avec à l’autre extrémité un arrondi qui permettait une bonne prise en main. Une arme rudimentaire mais suffisamment efficace. La jeune femme l’avait dissimulée dans les plis de sa serviette éponge afin d’éviter la fouille, et elle l’avait ensuite cachée derrière la cuvette des toilettes de sa cellule. Elle avait obtenu le scotch en fouillant dans une poubelle devant la salle de sport, profitant de l’inattention d’une gardienne. Les t-shirts qu’on lui fournissait étaient plutôt amples et en ayant collé ainsi sur elle l’instrument de sa vengeance, elle avait pu le transporter où qu’elle aille, dans l’attente d’une occasion.

    Marion n’était plus qu’à quelques mètres. Kyra adressa une rapide prière à une quelconque entité supérieure susceptible de s’intéresser à son sort, puis serrant dans sa main moite son arme improvisée, elle passa à l’action. Souplement, avec une vigueur qu’elle tenait paradoxalement des rudes séances d’entraînement physique auxquelles elle était régulièrement forcée de se soumettre, elle bondit par-dessus la barrière qui délimitait la file d’attente. Elle atterrit sans bruit sur ses pieds nus, avec grâce, et resta une seconde accroupie, vérifiant d’un coup d’œil rapide qu’aucune gardienne n’avait repéré son manège. Ce faisant, son regard croisa celui de la détenue qui avait soulevé l’intérêt de Marion. Instantanément, elle comprit ce que la jeune femme allait faire. Lui adressant un léger clin d’œil complice, elle empoigna son plateau à deux mains et le projeta à toute force sur une gardienne. Cette dernière le reçut en pleine tête et chancela, sonnée, l’air hagard, avant de s’effondrer. Passée une seconde de flottement, les officiers de sécurité se ruèrent, matraque au poing, sur la fille qui avait osé s’en prendre à l’une d’elles. Mais au lieu de laisser leur codétenue se laisser tabasser sans réagir, plusieurs prisonnières se levèrent à leur tour et bondirent sur leurs tortionnaires, dans un déferlement de rage libérateur. Une dizaine de filles venait de prendre les gardiennes à parti sous les encouragements de leurs compagnes d’infortune. Il n’en faudrait guère davantage pour que le phénomène prenne de l’ampleur et qu’une émeute se déclenche.

    Avec beaucoup de calme, sans quitter la bagarre des yeux, Marion fit quelques pas en arrière et empoigna l’émetteur radio qu’elle portait sur l’épaule. C’était l’occasion ou jamais. Féline, Kyra se releva et fondit sur sa proie le plus vite possible en brandissant son arme. La surprise était primordiale. Un cri jaillit de derrière : « Crève-la cette pute ! » Surprise, Marion pivota et sursauta en voyant la jeune femme qui se ruait sur elle. Plus par instinct de survie que du fait d’un infaillible sang-froid, elle fit machinalement un pas de côté et le coup mortel passa à un pouce à peine de sa gorge. Manifestant son dépit par un bref hurlement de rage, Kyra emportée par son élan se rétablit sur l’instant et fit une autre tentative en fendant l’air d’un geste sec, visant à nouveau la jugulaire. Mais cette fois-ci son adversaire avait vu venir l’attaque, et l’intercepta en saisissant le poignet de la jeune femme en un geste audacieux. Suivit un coup violent au coude qui propagea dans l’avant bras de Kyra un afflux nerveux, provoquant un réflexe de desserrement des doigts. Le bout de carrelage tomba au sol en tintant, et Marion enchaîna immédiatement par une série de coups de pied qui atteignirent la prisonnière aux côtes. Dès le premier choc, Kyra eut les poumons vidés et aurait dû tomber au sol, mais la gardienne-chef la tenait toujours par le bras, et la forçait à rester debout pour encaisser ses coups. Puis, lorsque les hurlements de douleur de la jeune femme eurent pris une sonorité plus aiguë, signe qu’elle était maintenant inoffensive, elle desserra son étreinte et la laissa s’effondrer. Kyra se recroquevilla par terre, se tenant le côté, la respiration sifflante, les larmes aux yeux.

    Entre-temps le début d’émeute avait été maîtrisé, et le calme était revenu. Certaines prisonnières avaient été menottées, et d’autres gisaient, inanimées. Les gardiennes, pour leur part n’avaient pas de blessures autres que superficielles. Toutes avaient assisté, médusées, au spectacle incroyable de Marion neutralisant son agresseur grâce à son expérience du combat rapproché et fixaient maintenant les deux femmes, attendant de voir ce qui allait se produire ensuite.

    - Tu crois que tu as fini de souffrir ? aboya Marion à son agresseur, toujours pitoyablement prostrée. Perdu !

    Elle décocha un coup de pied d’une brutalité rare dans le creux des reins de la prisonnière, qui se cambra instantanément en geignant, ses larmes coulant sur le sol. La gardienne-chef se mit ensuite à tourner autour d’elle comme un fauve, d’un air menaçant, et déclama, autant pour sa victime que pour les autres détenues :

    - Personne n’a fini de souffrir avec moi, personne.

    Nouveau coup, cette fois porté au ventre. Kyra hoqueta et produisit un effort considérable pour ne pas vomir.

    - C’est comme un long, long moment d’agonie…

    Sa lourde botte s’écrasa avec force sur les côtes de la jeune femme. Il sembla à tout le monde qu’un craquement sinistre avait retenti.

    - …qui ne veut jamais finir.

    Marion s’arrêta à la hauteur de la tête de Kyra, puis leva les yeux sur la foule des prisonnières, déclenchant un frisson général.

    - Et vous, vous croyez que je tabasse cette fille ? Vous avez rien compris : je suis en train de parler ! De parler à vous toutes : personne ne s’en prend à une gardienne. Personne. Et encore moins à moi.

    Elle attendit un instant pour laisser le message se diffuser, puis elle reprit sur le même ton :

    - Vous en avez marre de la détention ? Vous trouvez qu’on s’occupe pas assez de vous ? Vous avez raison, on vous a peut-être trop foutu la paix ces derniers temps. Eh bien on va réparer ça. Une petite thérapie personnalisée pour chacune d’entre vous ça vous tente ? Hein, répondez !

    Toutes les filles baissèrent les yeux, y compris les meneuses.

    - Relevez-la, ordonna Marion en désignant Kyra, toujours agonisante.

    Deux gardiennes s’empressèrent de saisir la prisonnière par les bras, la forcèrent à se redresser et la maintinrent ainsi, vu qu’elle était visiblement incapable de se tenir debout. Marion lui saisit le menton et lui redressa la tête qui était retombée sur le côté, la forçant à la regarder dans les yeux. La douleur lui gardait les paupières mi-closes mais la gardienne-chef pouvait quand même voir que le feu qu’elle avait pu distinguer dans son regard au moment où elle l’avait chargée n’avait pas disparu. Sa voix se fit alors plus calme, moins pleine de colère mais aussi chargée d’une brûlante froideur, lorsqu’elle lui déclara :

    - Félicitations, ma belle. Tu viens de te soustraire complètement aux protocoles expérimentaux. Je me fous totalement qu’Aurélie et sa clique te trouvent précieuse ou je ne sais pas quoi. Après ton coup d’éclat, je ne vais avoir aucun mal à faire admettre au conseil d’administration que tu as besoin d’un recadrage. Oh, les toubibs vont sûrement gueuler un peu, mais ça ne changera rien. Désormais tu m’appartiens, à moi seule, et je te promets que je vais faire durer le plaisir. Tu ne sortiras pas vivante du bloc disciplinaire.

    Puis elle se tourna vers ses collègues :

    - Toutes les meneuses ou identifiées comme telles partent directement à l’isolement pour un mois renouvelable. Et pour toutes les petites futées qui croient passer à côté de la sanction, qu’elles sachent qu’il faut pas trop rêver. Entre l’examen des bandes vidéo et surtout l’interrogatoire de leurs complices qui ne devraient pas résister longtemps avant de les balancer, elles n’ont aucune chance. Et toutes celles que je débusquerai de cette manière feront bien entendu l’objet de punitions supplémentaires, en raison de leur manque de coopération.

    Alors qu’on emmenait les détenues qui venaient d’être punies, Marion ajouta :

    - Il va de soi que vous êtes toutes privées de repas ce soir ainsi que la journée de demain. Après quoi, vous serez en demie ration pendant une semaine. Juste par solidarité avec vos amies que vous êtes si promptes à encourager dès que vous sentez que le vent tourne. Ah oui, sauf la supporter de Kyra qui m’a quand même sauvé la vie en criant. Même si elle n’a pas été très polie, je lui dois bien ça.

    Plusieurs détenues se tournèrent alors vers une jeune fille blonde aux cheveux courts, à peine majeure, qui avait occupé dans la file d’attente la position juste derrière celle de Kyra. La gardienne-chef s’approcha d’elle :

    - C’était toi ? Compliments. Si, si, sans ton cri du cœur, je ne serais probablement pas là debout devant toi. Et comme je le disais tout à l’heure, je te dois une faveur. Pendant que tes petites amies vont apprendre les bienfaits de la diète, toi tu vas avoir le mess pour toi toute seule. Quelle chance, hein ?

    La fille détourna le regard, les dents serrées. Les regards accusateurs des autres prisonnières étaient insupportables. Marion le remarqua d’autant plus qu’elle avait anticipé une réaction de ce type. Elle feignit l’indignation :

    - Eh les filles, il faut pas lui en vouloir comme ça ! Même si elle l’a pas fait exprès, elle mérite bien une récompense. Ca commence tout de suite, d’ailleurs.

    Elle claqua des doigts, et une gardienne empoigna la jeune blonde, l’entraînant de force vers l’estrade. La prisonnière, aussi surprise qu’horrifiée, se débattit de toutes ses forces en suppliant qu’on ne la soumette pas à ce supplice inhumain. Alors qu’on lui enfonçait l’entonnoir dans la bouche, Marion lui lança depuis l’autre bout de la pièce, ironique :

    - J’ai dit que tu ne serais pas privée de repas, j’espère que tu es rassurée de voir que je tiens ma promesse. Et j’espère aussi qu’en plus de te faire avaler ta nourriture, on parviendra de la même façon à te faire ravaler tes insultes. Avec moi, tu vois, aucune faute ne reste impunie. Simple éthique professionnelle…

    Puis, revenant à Kyra qui récupérait peu à peu :

    - Mettez-moi celle-la dans « ma » cellule d’isolement. Je viens la retrouver dès que j’ai fini ici.

    C’est une Kyra complètement démoralisée que les gardiennes traînèrent au-dehors. Elle venait de gâcher sa chance, et désormais une telle occasion ne se représenterait certainement plus jamais. Ses pensées, probablement les dernières conscientes, allèrent à Valérie dont elle espérait qu’elle la pardonnerait un jour pour s’être montrée ainsi en dessous de tout.

    + + +

    Rassurées par l’état de soumission extrême de leur prisonnière, les gardiennes qui emmenaient Kyra vers son destin se sentaient en confiance. Alors qu’elles l’entraînaient dans les couloirs aseptisés, elles manifestaient sans équivoque leur joie d’avoir vu leur chef retrouver son habituelle aura. Au point même de la partager avec les autres membres du personnel qu’elles croisèrent en chemin. Apparemment, le traumatisme de l’effritement de l’autorité de Marion avait été vécu très profondément par les autres officiers de sécurité, et la voir la regagner sur une telle action d’éclat, dans une situation où sa propre vie avait été en jeu avait visiblement redoré son blason d’une fort belle façon. A n’en point douter, il ne faudrait pas longtemps avant que le récit de sa lutte avec « la black » ne fasse le tour de l’établissement, dans une version qui serait d’autant plus incroyable qu’elle se verrait romancée et enrichie de nouveaux détails au fur et à mesure de sa transmission d’une conteuse à l’autre. Et le conseil d’administration serait certainement ravi d’apprendre qu’une émeute avait été tuée dans l’œuf grâce au sang-froid et à la maîtrise martiale de leur chef de la sécurité. Kyra n’aurait pu davantage manquer son objectif : elle n’avait pas seulement échoué à tuer la tortionnaire de son amie, elle avait renforcé sa position au-delà de toute espérance.

    Le quartier disciplinaire était un endroit sinistre. Il se trouvait au troisième sous-sol, et il n’était pas éclairé par de puissants néons comme partout ailleurs dans la clinique, mais par de faibles ampoules qui projetaient une lueur glauque et vacillante. Les ombres se déplaçaient le long des murs, semblant vouloir happer le corps de la prisonnière pour l’engloutir définitivement. Son cœur se serra : en cet instant, elle ne doutait pas de la parole de Marion. Jamais elle ne sortirait de là vivante ; c’était une voie sans retour. Le corridor était flanqué à intervalles réguliers de lourdes portes de métal qui insonorisaient totalement les cellules dont elles défendaient l’entrée. Kyra n’imaginait même pas quel genre d’abominables tortures devaient se dérouler derrière les battants d’acier clos. Les gardiennes stoppèrent devant l’un d’eux et le déverrouillèrent au moyen d’une carte magnétique. Le sifflement caractéristique du descellement d’une issue hermétique se fit entendre. Kyra avait l’impression de pénétrer dans un tombeau. Le sien.

    L’intérieur était totalement capitonné de blanc cassé, du sol au plafond. La jeune femme reconnut instantanément la salle dans laquelle elle s’était réveillée au moment de sa captivité. Elle eut un rire bref et douloureux devant l’ironie de la situation : cela finirait donc là où cela avait commencé. Une chose avait changé cependant : au milieu de la pièce trônait un fauteuil de dentiste d’où pendaient des sangles de contention susceptibles d’immobiliser une femme adulte des pieds à la tête. Le cuir noir qui recouvrait l’engin de torture luisait très distinctement, et Kyra laissa échapper un frisson horrifié quand elle réalisa que cette brillance n’était pas due au travail d’un artisan, mais que c’était bien la sueur froide sécrétée par des dizaines de victimes avant elle qui lui avait conféré cette inquiétante patine. Malgré une faible résistance générée par le seul instinct de survie, les gardiennes n’eurent aucun mal à déshabiller la jeune femme, puis à la faire asseoir et à boucler les entraves autour de ses membres. Les jambes d’abord, ligotées séparément car le siège se scindait en deux vers le bas, afin de pouvoir ajuster leur écartement. Une sangle autour de la cheville, du genou et de la cuisse, des deux côtés. Les bras suivirent, et là encore une lanière était prévue pour presque chaque point d’articulation, afin de les rendre solidaires des robustes accoudoirs. Après ces deux indispensables étapes, l’immobilisation du torse ne fut qu’une formalité, au moyen d’une plus grosse courroie qui passait juste en dessous des seins de la prisonnière, les relevant sensiblement. Après avoir vérifié que la jeune femme ne pouvait plus faire le moindre mouvement, les deux officiers de sécurité quittèrent la pièce sans avoir prononcé le moindre mot.

    Kyra était maintenant seule avec elle-même. Elle était légèrement inclinée vers l’arrière, les jambes étendues devant elle. En fait, elle se sentait un peu comme dans une chaise longue. A ceci près que le cuir, malgré son épaisseur, était plutôt inconfortable. Elle n’aurait su dire pourquoi. Peut-être cela était-il dû à sa texture un peu collante, ou bien à des parties plus dures placées intentionnellement sous le revêtement pour créer la gêne. Toujours était-il que la jeune femme avait la sensation d’être mal positionnée, et son immobilisation totale ne lui permettait pas de bouger pour se mettre dans une posture plus supportable. Même lorsqu’elle laissait aller sa tête, pourtant libre, contre l’appui-tête elle finissait immanquablement par la soulever, avant que des élancements dans la nuque ne l’obligent à la reposer de nouveau. Incapable de se détendre, Kyra devenait progressivement plus nerveuse. La douleur des coups administrés par Marion quelques minutes plus tôt ne voulait pas disparaître non plus. Pire : elle semblait augmenter du fait de l’inconfort qui devenait lui-même de plus en plus intolérable. La jeune femme essaya de concentrer son attention sur un point de la pièce afin d’éloigner sa pensée de son malaise, mais elle n’y parvint pas. Le siège était de trois quarts par rapport à la porte, et Kyra était donc obligée de tourner la tête dans une position intenable si elle voulait la fixer. Le seul autre objet de la pièce était la lampe du plafond, mais malgré sa faible lueur, elle aveuglait tout de même la prisonnière, et ne lui offrait donc aucun recours. Il n’y avait rien d’autre. Abandonnée dans une salle dépourvue de toute particularité ou source de distraction, elle sentit la tension devenir palpable autour d’elle, l’air s’épaissir à mesure que sa respiration s’accélérait. Il ne faisait aucun doute que cet avant-goût de l’enfer n’était pas le fait du hasard. Le monstre qui avait conçu cette pièce en avait pensé chaque détail, avec une minutie qui dénotait toute sa perversité. Kyra ignorait depuis combien de temps elle avait été conduite à l’isolement mais chaque seconde qu’elle y passait était déjà une torture. Elle se mit à geindre doucement, et trouva pendant quelques instants un peu de réconfort dans le son de sa voix, signe qu’elle pouvait encore faire quelque chose de sa propre volonté. Elle fit taire en elle la partie de sa raison qui l’avertissait que cela ne pouvait pas durer bien longtemps.

    Nouveau sifflement en provenance de la porte : quelqu’un venait d’insérer son passe. Sans surprise pour la prisonnière, Marion entra dans la salle, poussant devant elle un petit chariot couvert d’accessoires. Kyra la toisa d’un regard vide, dépourvu de haine mais aussi d’espoir. Elle savait qu’aucune pitié n’était à attendre, que les yeux saphir de la gardienne-chef ne verseraient jamais aucune larme pour elle. Elle attendait simplement que celle qui la tenait entre ses griffes lui porte le coup fatal. Marion avait pour sa part le regard espiègle d’une petite fille qui venait d’achever les préparatifs de son nouveau jeu et était sur le point de le proposer à ses camarades. Impression qui ne fit que se confirmer lorsqu’elle rompit le silence, sur un ton qui trahissait un grand enthousiasme :

    - Avant que ça commence, je vais te faire une confidence : je n’ai pas toujours travaillé dans le privé, tu sais. J’étais dans l’armée autrefois. D’abord fusillier-commando pour l’armée de l’air puis recrutée par le renseignement pour assurer la gestion de la sécurité d’une prison secrète. Un peu dans le style de celle-ci, mais dirigée par le gouvernement. Et comme ledit gouvernement était une démocratie respectable et non pas un de ces pays qui peuvent tout se permettre, on devait travailler avec des méthodes davantage psychologiques que mutilatrices. Très intéressant, comme formation. On appelle ça la « guerre psychologique » ou encore les techniques « anti-guérilla », peu importe. Tu as déjà entendu parler de la privation sensorielle ?

    Kyra ne put dissimuler son inquiétude. Marion le releva et enchaîna immédiatement :

    - C’est très efficace. On te coupe d’un ou plusieurs de tes sens et on en sature un autre. Personne ne peut supporter ça très longtemps. Les prisonniers nous arrivaient comme des soldats, et finissaient comme des épaves, complètement détruits. Certains étaient même incapables de retrouver une vie normale après être passés entre nos mains. Déjà à l’époque c’était redoutable, alors imagine ce que ça donne maintenant qu’on a scientifiquement perfectionné nos techniques…

    La jeune femme ravala sa salive. Elle se remémorait vaguement les témoignages de victimes de telles tortures, qu’elle avait collectés lorsqu’elle avait voulu se renseigner sur les conflits actuels. Elle ne se voyait pas résister très longtemps à un traitement aussi dégradant. La description que Marion lui fit alors dépassait ses pires cauchemars :

    - Je vais te dire en quoi ça consiste. Vu que tu es condamnée, je te dois bien de jouer franc-jeu. Et autant te le dire tout de suite, tu vas passer beaucoup de temps dans cette chaise. Beaucoup, beaucoup de temps tout au long duquel tu seras aveugle, muette et sourde, entièrement coupée du monde. Ce n’est pas pour rien que l’on appelle cet endroit une cellule d’isolement. En général, passées les premières 24 heures, les filles sont prêtes à tout, et je dis bien à tout, pour que ça s’arrête. A 72 heures, ce qu’elles disent devient inintelligible. Au bout d’une semaine, elles commencent à avoir des hallucinations. On estime qu’à ce stade leur esprit est totalement irrécupérable. Après, ce ne sont que des moyennes, ça dépend de la résistance de la fille. Et en général, on réserve quelques jours de break, histoire de prolonger le plaisir et de laisser planer le doute sur la reprise. Mais dans ton cas, n’espère surtout rien de ce côté-là. Au cas où tu ne l’aurais pas devinée toute seule, s’en prendre à la gardienne-chef est une infraction gravissime. Et en plus, nous n’avons rien à te faire avouer…

    Elle fit signe à des employées restées dehors de faire leur entrée. Deux infirmières pénétrèrent dans la cellule, et se mirent au travail sans mot dire. L’une d’entre elles vint boucler une large sangle autour du front de Kyra, et la régla très précisément pour que la tête de la jeune femme soit parfaitement maintenue en place. L’autre s’agenouilla à ses pieds et fixa sur les jambes du fauteuil une paire d’étriers identiques à ceux qui avaient servi à lui immobiliser les orteils quand elle avait été torturée par l’équipe médicale. En un rien de temps, un jeu de cordelettes avait achevé d’entraver les extrémités de la jeune femme, incapable désormais de bouger le moindre muscle, solidement ligotée sur son inconfortable siège. Enfin, elles placèrent sur sa poitrine des électrodes reliées à un performant appareil de mesure, sans doute pour pouvoir s’assurer qu’un décès prématuré ne vienne pas trop vite mettre un terme à la punition. Avant de se retirer, l’une des deux infirmières lui jeta par-dessus son épaule un regard navré, censé vouloir dire qu’elle était désolée de la traiter ainsi. Cela ne fit que remplir Kyra de fureur, malgré sa peur : dans un tel contexte la lâcheté était quelque chose d’impardonnable. Se dédouaner ainsi de sa responsabilité en essayant de dire à une victime « désolée mais je ne peux rien faire » au lieu de tout faire pour l’aider alors même qu’elle en avait le pouvoir était trop facile. Et en la circonstance, criminel.

    Les deux femmes à nouveau seules, Marion s’avança à son tour et paracheva le bondage de sa victime en la privant un à un de ses sens, ainsi qu’elle l’avait promis. Elle commença par lui enfoncer dans la bouche un bâillon-mords qui était pourvu d’une languette de plastique, destinée à empêcher la prisonnière d’avaler sa langue. Ensuite, elle posa sur ses yeux un masque de soie opaque, similaire à ceux que l’on distribuait dans les avions pour permettre aux passagers de dormir sans être dérangés par la lumière. Enfin, elle lui mit un casque antibruit épais sur les oreilles, et le ferma à l’aide d’une mentonnière ajustable. Désormais sourde, aveugle et muette, Kyra n’avait plus aucune conscience de son environnement. Plus que jamais, elle était à la merci de ses bourreaux, et cette pensée était terrifiante. Elle se mit à frissonner : ne venait-elle pas de sentir une caresse sur sa poitrine offerte ? Elle poussa un cri étouffé quand il lui sembla un bref instant qu’on venait de lui chatouiller les pieds. Où était Marion ? Etait-elle encore dans la pièce ? Venait-elle d’être rejointe par d’autres tortionnaires ? Elle n’en avait aucune idée : sa peau était devenue sa seule interface avec un monde extérieur qu’il lui semblait avoir quitté.

    Pouvait-on imaginer pire torture que de réduire un être humain à n’être plus que ses sensations ? A faire de la torture le seul et unique point de contact avec ses bourreaux ? A mesure que le temps, interminable, s’écoulait, l’abject constat se frayait son chemin comme un ver dans l’esprit fiévreux de Kyra. Elle n’était plus qu’un corps, un corps dont on pouvait faire ce que l’on voulait. Toute une partie d’elle était prisonnière d’un monde de ténèbres et de silence, où seules les pires tortures iraient la poursuivre. Aucune échappatoire, aucun moyen de communiquer, aucun refuge. La plus pure forme de supplice qui soit. Lorsque des doigts féminins d’une implacable agilité vinrent taquiner ses plantes de pieds, Kyra poussa un cri strident. Cette petite agacerie avait pourtant été des plus légères, mais le sens du toucher de la jeune femme était désormais exacerbé dans des proportions délirantes. Aussi lorsque ces doigts cruels se firent plus insistants elle se sentit immédiatement poussée au bord du gouffre, sans rien pour la retenir. Elle tendit ses muscles de toutes ses forces pour essayer d’échapper à ses liens mais son corps nu ne bougea pas d’un millimètre. Les grattements qui avaient agressé ses plantes offertes en même temps se concentrèrent sur un pied, tandis que l’autre main commença à chatouiller la prisonnière entre les orteils. Une série de miaulements désespérés traversa son bâillon-mords, mais cela n’eut aucun effet sur le cours du supplice. Rien ne pouvait y mettre un terme. Rien hormis un invisible bourreau dont l’enthousiasme n’était que trop perceptible malgré qu’il fut noyé dans les ténèbres. Au même titre que l’espoir de Kyra.

    + + +

    Au bout d’un temps infini, les chatouilles cessèrent enfin, et presque aussitôt Kyra retrouva la vue et l’ouie. Aveuglée par la lumière, elle cligna des yeux et vit Marion penchée sur elle qui défaisait son bâillon. Trop exténuée pour pouvoir parler, la prisonnière se contenta de haleter piteusement tandis que Marion se moquait d’elle :

    - Tout va comme tu veux ?

    Comme son interlocutrice ne répondait pas, elle ajouta comme pour se justifier, toujours sur le même ton provocateur :

    - Simple curiosité. J’aime toujours savoir comment se sentent mes filles après le premier quart d’heure.

    Le cœur de Kyra qui battait pourtant à tout rompre sauta une pulsation. Un quart d’heure ? C’était impossible ! La jeune femme avait l’impression d’avoir passé au moins une heure attachée sur la chaise. Elle se sentit se désagréger quand Marion vint confirmer ses craintes :

    - Je sais ce que tu te dis. Impressionnant hein comme on perd toute notion du temps après seulement quelques minutes ? Je te l’ai dit : c’est une technique redoutable. Bon, on y retourne ?

    Alors qu’elle s’avançait vers elle pour la priver à nouveau de ses sens, Kyra réussit à inspirer assez d’air pour lui crier :

    - Je t’en supplie, arrête ! Ne fais pas ça, s’il te plaît, s’il te plaît, je ferai n’importe quoi. Tout ce que tu veux, tu entends ? S’il te plaît je peux pas supporter ça, pas encore. Pitié !

    Marion s’arrêta net, à un pas de sa victime. Un long sourire faussement compatissant aux lèvres, elle lui répliqua sur un ton blasé :

    - Tout ce que je veux, vraiment ? Non ma chérie, je suis désolée mais ce n’est pas encore le cas. Pas encore. Oh bien sûr dans quelques heures, dans quelques jours, oui, c’est vrai que tu seras vraiment prête à faire tout, absolument tout pour moi, à la simple idée de grappiller quelques secondes de répit. Mais pas tout de suite. Il faut encore que je m’occupe de toi.

    Puis sans autre forme de procès, la gardienne-chef renvoya de nouveau sa prisonnière dans les ténèbres.

    + + +

    Les pieds incapables du moindre mouvement, Kyra subissait sans rien pouvoir y faire le supplice de brosses à dents électriques se promenant sous ses plantes de pieds. Elle hurlait sans discontinuer, incapable de percevoir le son de ses propres cris, comme si elle se noyait, comme si l’air était devenu opaque. Marion, si elle était toujours là, avait dû faire appel à des renforts car le corps de la prisonnière tout entier était mis à la torture. En plus des deux brosses qui torturaient sans répit ses pieds nus de la plante au talon, sans leur faire grâce de longs passages parfaitement insoutenables entre les orteils, deux femmes étaient occupées à lui chatouiller le torse des deux côtés, et une dernière soumettait son sexe aux outrages de la frustration. Parfois les mains agiles des deux complices qui chatouillaient les aisselles et les hanches de Kyra remontaient au niveau du cou, où elle n’était pas moins chatouilleuse, tandis qu’un autre orgasme se refusait à elle entre ses cuisses largement ouvertes. D’autres fois, elle percevait plus nettement les chatouilles sous ses pieds, au hasard d’une parfaite synchronisation de ses bourreaux, à moins que les cinq points d’attaque ne se confondent durant d’atroces secondes dans la même sensation qui pulvérisait tout son être.

    Jamais la jeune femme n’aurait cru pouvoir être aussi chatouilleuse, être torturée avec autant de précision et ressentir la moindre caresse avec une telle d’acuité. Son supplice ressemblait à une mesure de valse, à un temps unique qui se serait répété à l’infini, et duquel elle ne pouvait discerner ni début, ni milieu, ni fin. L’exaspération exponentielle qui bouillonnait à fleur de sa jolie peau lui donnait envie de fuir son corps et de le laisser en pâture à ces femmes à l’ineffable cruauté qui ne semblaient jamais rassasiées de la soumettre aux pires traitements. Impossible, évidemment : elle avait été condamnée. Tant que son corps tiendrait le coup, et l’équipe de professionnelles chargée de la torturer à mort saurait faire le nécessaire pour que ce soit le cas, elle devrait tout subir, tout endurer. Jusqu’au bout : jusqu’à la plus extrême limite.

    + + +

    La lumière se déversa derechef sur elle, aiguillonnant ses yeux, alors elle les ferma. Une violente paire de gifles envoya balader sa tête de droite et de gauche, et elle entendit qu’on lui criait après. La douleur aidant, Kyra souleva ses paupières à contrecoeur. Elle vit alors ce qu’elle s’attendait à voir : Marion qui la dévisageait d’un regard dur, prête à la frapper encore :

    - Lève-toi ! Allez !

    Comme son corps dévasté ne semblait plus répondre à ses injonctions, Kyra ne put obtempérer et un autre coup, plus violent, claqua contre sa joue gauche. La jeune femme, sonnée, s’affaissa sur la droite comme un pantin, et glissa lentement, pour finalement s’effondrer pitoyablement au sol. Marion râla et contourna la chaise d’un pas leste. Ses bottes parfaitement cirées apparurent dans le champ de vision de la prisonnière qui tenta de se relever mais ne réussit qu’à se mettre à genoux, gauchement. Elle-même ignorait où elle puisait la force de bouger, et avait davantage l’impression d’être comme une marionnette agitée au bout de fils invisibles, que de se mouvoir de sa propre volonté.

    - Regarde-moi. Regarde-moi ! répéta Marion en la frappant une nouvelle fois sur la tête.

    Au prix d’un effort considérable, la jeune femme leva les yeux et contempla son bourreau. Elle était impressionnante, ainsi dressée de toute sa taille face à sa prisonnière prostrée et frissonnante, cintrée dans son uniforme noir galonné qui reflétait les néons comme un lac sombre la lumière de la lune. Malgré la terreur qu’elle lui inspirait, Kyra parvint à soutenir son regard, ce qui sembla décontenancer Marion un très court instant. Puis son visage s’illumina d’un sourire sadique qui ne laissait rien présager de bon.

    - J’ai envoyé l’équipe faire un break. Elles reviendront quand je les appellerai, c'est-à-dire plus ou moins tôt, ou plus ou moins tard. En fait, ça dépend de toi.

    Lentement, avec une délectation qui était tout sauf feinte, Marion déboucla sa lourde ceinture, à laquelle pendaient sa matraque et le reste de son équipement. Puis, à la grande horreur de Kyra, elle déboutonna ensuite son pantalon et le fit descendre jusqu’à ses genoux. Enfin, elle baissa son boxer, révélant un sexe parfaitement rasé.

    - Approche-toi, lui enjoignit-t-elle avec douceur.

    Cette fois-ci ce n’était plus un ordre, mais une invitation. Kyra se traîna à ses pieds, tout contre elle. Assez près pour sentir son odeur. La gardienne-chef lui caressa la tête, comme un caresse un chien obéissant pour l’encourager. La vulve de la femme était à quelques millimètres de son visage, et emplissait tout son champ visuel. La peau nue de Marion frissonna imperceptiblement sous le souffle de la prisonnière.

    - Fais-moi du bien. Tant que tu seras là à m’exciter avec ta petite langue rose de black, tu auras un répit. Plus ça durera, plus je diffèrerai le retour de nos amies spécialistes. Si vraiment tu te donnes à fond je pourrais même envisager de te laisser me lécher les bottes. Bien sûr si tu ne le fais pas, ou pire si tu ne donnes pas tout ce que tu as, tu retourneras immédiatement sur la chaise. C’est à toi de voir, mais je crois que tu sais déjà où est ton intérêt.

    C’était ignoble, Kyra en avait la nausée. Pouvait-on imaginer une femme plus perverse, plus répugnante que celle qui soumettait une prisonnière à un chantage aussi cruel ? Si elle n’avait été à ce point épuisée au-delà de tout, elle se serait sans doute sentie défaillir. Tout au contraire, l’immense exaspération accumulée durant son interminable chemin de croix, et culminant face à cette immonde proposition agit comme un aiguillon sur sa psyché abîmée. Marion lui avait promis qu’elle ne quitterait pas le bloc disciplinaire vivante, alors Kyra ne voyait pas pourquoi elle ferait quoi que ce fut pour son bourreau. Puisant son énergie dans son désespoir infini, la jeune femme tenta une ultime provocation. Rassemblant toutes les forces qu’il lui restait, elle ramena la tête en arrière et la plongea avec toute la puissance dont elle était capable dans le ventre de sa tortionnaire. Celle-ci, complètement prise au dépourvu, reçut le coup de plein fouet, ce qui eut pour effet immédiat de lui couper le souffle. Pliée en deux par la douleur et sonnée par cette soudaine attaque qu’elle n’avait pas vu venir, la gardienne-chef essaya maladroitement de se défendre, mais ses jambes butèrent contre son pantalon resté baissé et elle s’effondra sur le sol capitonné, juste à côté de la chaise de torture.

    Elle se contorsionna aussitôt sur le sol pour tenter de saisir la matraque restée à sa ceinture, au niveau de ses chevilles. Elle y parvint presque quand Kyra, réagissant par pur réflexe, arriva in extremis à la lui arracher des mains. L’adrénaline saturant son système sanguin, la jeune femme réussit à se remettre sur ses pieds et brandit son arme. Alors qu’elle allait frapper, elle arrêta net son mouvement : Marion venait de tendre les mains devant elle en un geste implorant, pour tenter d’intercepter le coup. Les deux femmes restèrent ainsi figées, se jaugeant du regard, essayant l’une comme l’autre de comprendre comment en un éclair la situation avait pu ainsi changer du tout au tout. Puis un rire douloureux, nerveux et haché, semblable au tic-tac d’une horloge cassée, s’éleva dans la pièce : celui de Kyra. La soudaine inversion des rôles et le changement de perspective que cela impliquait étaient des plus ironiques pour celle qui un instant auparavant n’avait été qu’une pauvre victime sans défense. De même, Marion, si arrogante et sûre d’elle, celle qui avait régné des années durant par la terreur qu’elle avait inspirée à des centaines de prisonnières était dans un état des plus pitoyables, ainsi allongée sur le sol, le pantalon baissé, vulnérable. Dire qu’elle avait perdu de sa superbe aurait été un doux euphémisme : en un instant elle se retrouvait à la merci d’une femme nue, pratiquement brisée par la torture et surtout désespérée. Ce fut sans doute cette pensée, la honte d’avoir été humiliée qui lui fit commettre sa dernière erreur.

    Prenant le défaut d’agressivité de Kyra pour une preuve de faiblesse, la gardienne-chef attrapa sa radio et enfonça le bouton de communication. Une seule seconde était nécessaire, le temps d’un cri pour qu’une patrouille arrive en renfort. Comprenant l’enjeu, Kyra abattit sa matraque avec une violence extrême sur le poignet de Marion, la forçant à lâcher son appareil, et lui arrachant un hurlement perçant. Elle ramena aussitôt sa main contre elle, par pur réflexe de douleur. Ce faisant, elle avait laissé sa tête parfaitement vulnérable, et voyant une ouverture, la prisonnière s’y engouffra. En un terrifiant déchaînement de violence libératrice, elle agrippa son bâton à deux mains et frappa de toutes ses forces, d’un seul coup d’une brutalité animale qui atteignit Marion à la tempe. Celle-ci retomba instantanément sur le sol, assommée net par le choc. A ce moment là, à la vue de son ennemie évanouie, l’adrénaline chuta en un instant. Ayant épuisée la dernière parcelle de vigueur qu’il lui restait, Kyra desserra lentement les doigts et la matraque tomba près d’elle avec un bruit mat sur le sol capitonné. Elle resta ainsi un temps indéterminé, agenouillée près du corps de son bourreau, un goût amer dans la bouche, à contempler sans le voir son visage immobile. Devant elle défilaient toutes les images marquantes de sa captivité : la fouille au corps humiliante, les brimades des gardiennes, les repas où des filles avaient été gavées de force… Les tortures, évidemment. Toutes ces images semblaient vouloir s’estomper, faire déjà partie de ses souvenirs. Toutes sauf une : Kyra voyait tour à tour le sourire avenant de Valérie, sa lumière dans les ténèbres de la détention, puis son corps brisé, couvert de marques de souffrance. Cette seule image semblait beaucoup plus réelle que les autres, et elle refusait de disparaître. La jeune femme savait pourquoi : elle avait fait une promesse. Il était temps de la tenir.

    Presque par inadvertance, ses doigts rencontrèrent le bord froid de la matraque posée près d’elle. Elle la prit doucement, et se leva avec précaution. Elle s’approcha de Marion, toujours inconsciente, la surplombant et projetant une ombre inquiétante sur son corps. Elle se pencha pour venir ensuite délicatement poser l’arme en travers de la gorge de son bourreau. Elle resta un instant interdite, se demandant si elle n’allait pas faire marche arrière, tant que cela était possible. Puis, pensant très fort à Valérie et à toutes celles qui avaient payé au prix fort la cruauté de la gardienne-chef, elle monta sur la barre. En un instant, tout son poids vint écraser la trachée de Marion, qui reprit aussitôt connaissance. Incrédule, elle ouvrit de grands yeux que Kyra se força à fixer tandis que sa bouche s’agitait désespérément en produisant d’horribles gargouillements, à la recherche d’un peu d’air. Elle battit des bras, griffant les jambes et pieds nus de celle qui avait été sa prisonnière, essayant de plus en plus faiblement de se rebeller contre son destin. Ses yeux bleus, injectés de sang à cause du manque d’oxygène fixèrent ceux, las et résolus, de Kyra jusqu’au bout, jusqu’au moment où la vie les quitta. Alors que sa tête retombait sur le sol capitonné pour ne plus jamais bouger, ils restèrent grands ouverts, légèrement révulsés, ne fixant plus que le vide.

    Les jambes en coton, Kyra descendit et retomba à genoux. Elle se mit alors à pleurer toutes les larmes de son corps. A gros sanglots, sans pouvoir s’arrêter. Ce n’étaient pas des larmes de joie, ou de peine, ni même de regret alors même qu’elle avait commis l’irréparable. C’était toute autre chose : ces larmes étaient celles d’une martyre qui avait enfin atteint sa rédemption, qui était parvenue à la fin de la route. Elle pleura, et pleura encore, relâchant en une seule fois toute la tension accumulée durant les interminables mois de son internement.

    Lorsque le flot de ses yeux se fut finalement tari, Kyra s’essuya le visage d’un revers de bras, et se remit debout. Ce n’était pas encore fini. Elle revint auprès de Marion et entreprit de lui déboutonner son uniforme. Elle allait s’enfuir de cet endroit où on l’avait enfermée. Elle le savait, elle venait d’en acquérir la conviction : elle allait en réchapper.

    + + +

    - Il faisait nuit dehors quand je suis remontée par l’ascenseur. Je n’ai croisé personne sur le chemin, à part le vigile de l’entrée qui regardait un match sur sa télé et qui ne m’a posé aucune question en voyant mon uniforme. De là j’ai pu atteindre l’extérieur, après avoir traversé un parking. C’est là que je me suis rendue compte que je n’avais même pas quitté la ville. Je suis rentrée chez moi aussi vite que j’ai pu, et j’ai retrouvé mes valises comme je les avais laissées. Je ne me suis pas demandée si quelqu’un avait signalé ma disparition ou quoi que ce soit d’autre. J’ai balancé l’uniforme, j’ai attrapé tout ce que j’ai pu porter, et je suis partie le plus loin possible.

    Alors que les dernières paroles de Kyra résonnaient dans le silence, l’air dans la pièce était devenu comme suffoquant. Marine, choquée, n’avait pas interrompu son amie une seule fois au cours de son récit. Elle était restée assise près d’elle, interdite, prenant la mesure de l’horreur d’un témoignage dont elle était maintenant devenue, bon an mal an, la dépositaire. Kyra, elle, ne pleurait pas, ne cillait même pas. Son regard était braqué sur le mur opposé, mais il était étrangement vague, comme si évoquer son traumatisme avait vidé la jeune femme de toute sa substance. Marine se sentait mal, très mal. En un geste fort peu professionnel, elle tourna la tête vers une des caméras dissimulées et lança à son supérieur un regard d’une noirceur sans égal. L’agent qui avait veillé sur Kyra un moment plus tôt reparut et fit signe à Marine qu’elle était attendue. Laissant la pauvre jeune femme entre les mains de son collègue, elle se leva, et quitta les lieux avec un soulagement coupable.

    Dans la salle de surveillance, l’atmosphère n’était pas non plus des plus légères. Les hommes étaient pourtant des professionnels aguerris, mais entendre une victime se livrer ainsi avait de quoi ébranler pas mal de monde. Le chef de Marine semblait être celui qui prenait le mieux la situation, même si son visage était empreint d’une gravité qui pour une fois ne semblait pas feinte. Il fit signe à Marine qu’il voulait lui parler en privé, et tous deux sortirent dans le couloir. Allant droit à l’essentiel, il dissimula son trouble derrière un ton qui se voulait analytique :

    - Bien. Je pense que vous et moi serons d’accord pour dire qu’il ne vaut mieux pas nous attarder sur le caractère disons… peu orthodoxe de cette histoire. Mais les faits sont précis, détaillés, et font sans le moindre doute écho aux informations que nous avions déjà collectées. Vous aviez raison de bout en bout, Schneider : cette jeune personne est la meilleure chance que nous ayons jamais eue dans toute cette affaire.

    Marine s’inclina légèrement, recevant de bonne grâce ce qui devait s’apparenter, dans l’esprit de son chef, à des excuses.

    - Quels sont vos ordres pour la suite ?

    La réponse ne se fit pas attendre :

    - J‘ai déjà mandaté une de nos équipes. Ils doivent être déjà arrivés à l’heure qu’il est. Même s’il y a peu de chances que la clinique soit encore là après qu’ils aient constaté l’évasion d’une de leurs prisonnières, au moins ils pourront toujours récolter des témoignages, ramasser ce qui traîne, et aller chercher des informations sur les propriétaires. Il doit bien exister des papiers quelque part, une trace quelconque. Une entreprise d’une telle ampleur doit forcément avoir une partie émergée. Et on la trouvera, je n’ai aucun doute là-dessus. L’opération Fil d’Ariane continue, et vous en êtes désormais à la tête.

    Regain d’attention de la part de la jeune femme.

    - Vous avez fait un excellent travail, agent Schneider. Vous avez fait preuve d’initiative, d’intuition et de sang froid. Vous avez toutes les qualités pour achever cette mission, et quand bien même vous ne les auriez pas, votre degré d’implication fait de vous de facto la personne la plus à même de la remplir. Je vous place en charge de la coordination de nos équipes. Vous aurez pour objectif prioritaire la localisation et la capture des protagonistes de cette affaire, ainsi que le démantèlement de leur organisation. Si toutefois vous vous sentez à la hauteur de la tâche…

    Marine se mit aussitôt au garde à vous.

    - Monsieur ! Il va de soi que j’accepte. Je vous remercie de votre confiance.

    - La confiance n’a rien à voir là-dedans, Schneider. Le travail d’un officier supérieur est de placer les bons éléments là où ils sont les plus utiles. Vous devriez le savoir.

    Puis sans rien ajouter, il fit signe à son chauffeur de lui apporter son manteau. Marine le raccompagna jusqu’à l’entrée de la maison. Au moment de sortir, le fonctionnaire se départit un instant de son masque de professionnalisme :

    - Agent Schneider, encore une chose : faites payer ces salopards.

    Marine ne put réprimer un vague sourire, que lui rendit volontiers son supérieur.

    + + +

    Portée par des haut-parleurs d’une qualité douteuse, une voix féminine s’éleva dans le terminal d’embarquement, annonçant sur le ton le plus doucereux possible que le vol était reporté pour cause de problèmes techniques. La mauvaise nouvelle fut accueillie comme il se devait par une grondante clameur de dépit qui monta de la foule des passagers, au nombre desquels se trouvait une femme médecin qui avait toutes les raisons du monde de vouloir embarquer le plus vite possible. Aurélie soupira : tout devait donc décidément aller de travers. Cela avait commencé par la stupidité de Marion, qui l’avait non seulement privée de son meilleur sujet de test, mais avait même réussi à le laisser s’échapper du seul quartier de la clinique d’où cela était théoriquement impossible. Lorsque les officiers de sécurité s’en furent rendus compte – ce qui n’était arrivé que 24 heures après les faits, en raison du caractère particulier des cellules d’isolement – il avait été bien sûr trop tard pour tenter de retrouver la fuyarde. Le conseil d’administration avait alors enclenché la procédure de démantèlement. Les locaux avaient été évacués, le matériel démonté, et le personnel dispersé. Chacun des employés s’était vu offrir une prime, ainsi qu’un billet d’avion pour la destination de son choix. Quant aux prisonnières, même si l’administration avait gardé sur leur sort un secret absolu, Aurélie avait appris par une autre chercheuse qu’elles avaient fait l’objet d’une sélection, les moins prometteuses et les intransportables ayant été euthanasiées, tandis que les 30% de survivantes environ s’étaient vues transférés dans une autre prison secrète. Bien entendu le tout avait été planifié en avance, et avait même au moment de l’ouverture de la clinique fait l’objet de répétitions, afin d’assurer la sécurité du projet. Pour autant, il avait soufflé un vent de chaos tout du long, avec un parfum de fin de règne. Tout le monde s’était attendu à tout moment à une intervention des forces de police, sans compter que l’enquête menée sur la mort de Marion et l’évasion du sujet numéro 47b189 avait mis les gardiennes sous pression, le conseil d’administration soupçonnant une complicité parmi le personnel. Une des officiers de sécurité s’était même vue torturée par les équipes médicales, avant que son innocence ne soit finalement établie, hélas trop tard pour la pauvre femme. Bref, le désordre. Et l’esprit rationnel, scientifique d’Aurélie abhorrait le désordre.

    La médecin soupira. Pour elle, c’était terminé, mais elle s’en était sortie finalement sans égratignure. Elle regrettait de n’avoir pu finaliser ses résultats, mais elle avait tout de même achevé les protocoles expérimentaux, et c’était là l’essentiel. Mieux, elle était parvenue en secret à faire sortir des copies de toutes les données, et elle était maintenant en possession d’une véritable mine d’or. Elle comptait bien en profiter. Il y avait bon nombre d’organisations prêtes à payer une fortune pour avoir accès à un tel savoir. Elle n’avait plus désormais à se faire le moindre souci pour son avenir, et c’était bien ce pour quoi elle avait accepté ce travail.

    Sachant qu’elle en avait largement le temps malgré la file d’attente, Aurélie se leva de son siège, ramassa son sac à main et se rendit aux toilettes. Avant même qu’elle ne les ait atteintes, elle entendit qu’on annonçait son nom au micro. Contrariée, elle se souvenait néanmoins qu’au cours du briefing auquel elle avait pris part à la clinique avant le démantèlement, il avait été recommandé à chaque employé de ne pas faire de vagues auprès des autorités. Les obliger à venir la chercher, de surcroît sous son vrai nom, aurait été parfaitement stupide. Elle se rendit donc au comptoir, où l’attendait une jeune femme à la chevelure rousse portant la tenue et le badge du personnel de l’aéroport. Devinant que c’était à elle qu’elle avait affaire, Aurélie s’arrêta devant elle. Celle-ci lui demanda poliment sa carte d’embarquement et son passeport. De mauvaise grâce face au contretemps, Aurélie les lui tendit. Après les avoir observés quelques instants, la rousse pianota sur son PDA, secoua la tête, et déclara :

    - Excusez moi madame, mais il semblerait qu’il y ait un problème avec votre carte d’embarquement.

    Elle exhiba son PDA pour illustrer son propos.

    - Vous voyez ? On vous a attribué par erreur le numéro d’un autre passager. Si vous voulez bien me suivre jusqu’au bureau de mon collègue, nous allons réparer cela au plus vite. Cela ne prendra pas plus de dix minutes, aller-retour compris et de toutes façons votre avion est immobilisé pour un moins une demi-heure. Nous nous excusons pour le désagrément.

    Aurélie prit sur elle pour ne pas se montrer désobligeante. Ne pouvaient-ils pas régler cela sur leurs ordinateurs ? Et s’ils avaient besoin de sa signature, ils pouvaient toujours apporter les formulaires là où elle était, sans la forcer à faire le déplacement. Elle soupira : décidément le sens de l’organisation devenait de plus en plus rare de nos jours.

    - Mais bien volontiers.

    Elle emboîta alors le pas de la jeune femme, qui la conduisit rapidement à une porte de service qu’elle déverrouilla à l’aide d’une clé spécifique. « C’est beaucoup plus direct » précisa-t-elle avec un sourire charmeur. Derrière s’étirait un long couloir moquetté et silencieux, qui semblait en effet couper à travers tout l’aéroport. Elle s’y engagea la première et laissa passer Aurélie afin de refermer derrière elle. Elle la précéda ensuite le long du corridor, puis après une centaine de mètres ouvrit une porte qui donnait sur un petit bureau. Mais à peine Aurélie était-elle entrée que deux hommes à l’allure de militaires fondirent sur elle, lui immobilisèrent les bras, et jetèrent un sac opaque sur sa tête. Avant même que le moindre cri ne sorte de sa gorge, la professionnelle de santé reconnut la sensation familière d’une aiguille qu’on enfonçait dans son avant-bras. Quelques instants à peine après qu’elle ait perdu connaissance, ses agresseurs avaient disparu avec leur prisonnière.

    + + +

    Marine soutenait sans peine le regard d’Aurélie qui la toisait de l’autre côté de la table avec arrogance. Elle n’avait pas bronché à l’exposé des faits, même si elle s’était accordé un sourire de temps à autre lorsque Marine avait évoqué des scènes de torture particulièrement élaborées et dans lesquelles elle avait joué un rôle prépondérant. Elle était restée là, les bras croisés, cintrée dans son tailleur de marque, impassible et sûre d’elle. Peut-être un peu trop d’ailleurs, au goût de la jeune agent de renseignements qui devait réprimer en elle l’envie de la gifler.

    Aurélie parcourut rapidement les dossiers posés sur la table, les dépositions de certaines de ses complices, les photos prises par les équipes qui avaient traqué l’organisation pour laquelle elle avait travaillé. Ensuite elle embrassa du regard la salle d’interrogatoire, la glace sans tain et la porte blindée, avec le garde qui y était posté. Puis ses yeux revenant à ceux de sa geôlière, elle déclara :

    - Félicitations. Sincèrement, vous avez fait un travail remarquable. Moi qui croyais que nous avions parfaitement couvert nos traces.

    Elle inspira profondément, conservant la même assurance tranquille que depuis qu’elle avait été amenée là.

    - Au début j’avais cru que vous n’aviez rien, que vous bluffiez. Et même si les documents que vous avez étalés là sont des faux, votre parfaite compréhension de notre système montre que vous avez tout mis au jour. Parlons sérieusement, maintenant.

    Elle se pencha en avant sur sa chaise, les coudes appuyés contre la table, sans quitter Marine des yeux.

    - Je vous dis tout. Absolument tout ce que je sais : les noms, les adresses, les factions impliquées, et plus généralement tout ce que vous voudrez savoir.

    Son interlocutrice sourit :

    - Et je suppose qu’en échange de votre collaboration pleine et entière, nous devrions vous libérer ?

    - Ce serait en effet la moindre des choses. Et je veux aussi le dégel de mes comptes en banque. J’ai travaillé dur pour gagner cet argent, je trouve parfaitement injuste qu’il revienne à entièrement l’Etat. Et puis avec ce que vous avez déjà saisi chez les autres, il y a déjà de quoi combler une bonne partie du déficit.

    Le sourire de Marine s’élargit :

    - Madame, soit vous avez un sens de l’humour à toute épreuve, soit vous regardez trop de films. Ceci n’est pas une négociation et nous ne vous devons absolument rien.

    Puis son expression se fit plus dure, le ton plus cassant :

    - Malgré les airs de chercheuse outragée que vous semblez vouloir vous donner, je vous rappelle tout de même que vous êtes sous le coup d’accusations extrêmement graves de traitements inhumains et dégradants – entre autres charges qui pèsent sur vous. Et non seulement nous n’avons aucunement besoin de votre aide pour procéder au démantèlement de votre organisation criminelle, mais quand bien même ce serait le cas nous pourrions fort bien vous arracher les informations que vous détenez. Et avant que vous ne m’opposiez le vieil argument du « régime respectable », rappelez-vous combien vous êtes bien placée pour savoir qu’il existe des méthodes qui ne laissent aucune trace…

    Elle laissa planer la menace, ce qui ne sembla pas alarmer Aurélie outre mesure. Sans se départir une seconde de son calme, celle-ci poursuivit :

    - Vous n’en ferez rien.

    C’était une franche affirmation, comme si dans son esprit aucun doute n’était permis à ce sujet.

    - Vous n’en ferez rien, répéta-t-elle, car vos chefs préfèrent les affaires qui se déroulent sans faire de vagues. Vous-même peut-être pas, je vous l’accorde : vous avez plutôt l’air d’être du genre « whatever it takes », comme disent les anglo-saxons, mais ce n’est certainement pas le cas de vos supérieurs. Relâcher une personne pour pouvoir en arrêter des centaines, sacrifier une vie dans l’espoir d’en sauver mille, payer une rançon de quelques millions pour s’épargner le coût politique d’une exécution d’otages… Ils font ce genre de choix tous les jours.

    Elle lança un regard explicite à la glace sans tain, par-dessus l’épaule de Marine en un geste d’une extrême provocation pour la jeune femme, et continua en l’ignorant superbement :

    - Je ne viens pas les mains vides, assura-t-elle. Je vous donne mes complices et toute l’organisation qui nous a employées, mais ce n’est qu’un gage de bonne foi. J’ai mieux à vous offrir : je parie que jusqu’à présent vous n’êtes pas arrivés à mettre la main sur un seul fichier médical, aucun rapport concernant les expériences. Est-ce que je me trompe ?

    Elle laissa passer un instant pour permettre à ses invisibles interlocuteurs de vérifier leurs informations puis elle ajouta :

    - J’ai fait des copies. J’ai en ma possession l’ensemble des données expérimentales, les formules des solutions, et plus généralement tout ce qu’il faut pour finaliser un produit. Ainsi que bien entendu le savoir-faire et l’expérience nécessaire pour le mettre à profit. Vous, et vous seuls, seriez donc potentiellement capables de faire parler n’importe quel prisonnier. A tous les coups et sans risque d’être soupçonné de quoi que ce soit. Et cela ne vous coûtera pas un sou, vu que d’autres se sont chargés du développement à votre place. Considérez un instant les possibilités offertes, et demandez-vous si vous voulez passer à côté d’une pareille opportunité.

    Son offre faite, Aurélie se laissa aller sur sa chaise, plus confiante que jamais, un petit sourire de satisfaction sur les lèvres. Marine était estomaquée de son aplomb, mais elle souriait elle aussi, se gaussant par avance de la naïveté de sa prisonnière.

    - Bon je crois que nous avons toutes bien ri, mais maintenant si nous parlions de…

    Son oreillette grésilla. Deux mots : « Dehors ! Maintenant. »

    Surprise, et pour la première fois mal à l’aise, la jeune femme essaya de rester impassible sous le regard sarcastique de la médecin qui ne pouvait pas avoir entendu mais avait très probablement anticipé. Sans un mot, Marine se leva et quitta la pièce, laissant Aurélie seule avec le garde, qu’elle aurait bien aimé voir lui briser les genoux, juste pour lui faire ravaler son air supérieur. Elle ne connaissait pas de femme qui serait restée arrogante après un tel traitement.

    Son supérieur l’attendait à l’extérieur de la salle. Son air préoccupé n’annonçait rien de bon.

    - Monsieur ?

    - Agent Schneider. J’ai décidé d’accepter son offre.

    - Quoi ?

    Les traits de l’homme se crispèrent.

    - Je n’ai pas à me justifier des décisions que je prends vis-à-vis de mes subordonnées. Vous êtes un militaire, Schneider : je vous donne des ordres, et vous les exécutez de la façon la plus complète possible.

    Le visage de Marine s’empourpra. Il concéda :

    - Toutefois, je comprends et excuse votre réaction. Vous avez été très personnellement impliquée dans cette affaire – trop peut-être d’ailleurs, mais il s’agit de mon erreur, pas de la votre. Je pourrais vous expliquer, mais je crois que vous avez déjà compris. La valeur de la proposition de cette femme est beaucoup trop élevée pour que nous puissions nous permettre de refuser, surtout pour un prix aussi dérisoire. Il ne s’agit pas de considérer la chose sous un angle personnel, mais sous celui de l’intérêt national. Si vous avez un problème avec ça, agent Schneider, je m’attends à voir votre lettre de démission sur mon bureau demain matin.

    Fin de la discussion. Le fonctionnaire contourna la jeune femme en évitant soigneusement son regard, et sortit son passe. Alors qu’il allait déverrouiller la porte, Marine lui agrippa le poignet avec toute la force conférée par sa formation d’agent de terrain. Furieux, il se retourna vers elle, et la fusilla du regard. Elle était à deux doigts de la cour martiale et elle le savait, mais elle était juste trop en colère pour que cela ait la moindre importance. Il ne lui suffirait que d’un geste de plus pour le tuer net, sans que personne ne puisse intervenir, et sans qu’il puisse se défendre. Ce serait très facile, comme à l’entraînement. Pour autant, il n’y avait pas la moindre trace de peur dans le regard de son chef, aucune place laissée au doute, à la faiblesse. Lentement, dominant avec peine son énervement, il égrena ces mots :

    - Vous êtes fatiguée, Schneider. Vous avez travaillé sans compter sur cette affaire, et vous êtes à bout. Rentrez chez vous, prenez un bain et reposez-vous. Ce faisant, demandez vous si vous avez ce qu’il faut pour faire ce travail. Quelle que soit votre conclusion, je suis certain que vous saurez agir en conséquence. Pour l’heure, évitez de gâcher tous les efforts que vous avez faits pour arriver jusque-là.

    Les deux professionnels restèrent ainsi une poignée de secondes, figés, à un geste de l’irréparable. Puis Marine lâcha brusquement le bras de son supérieur. Celui-ci rajusta son costume, comme si rien ne s’était produit, puis pénétra prestement dans la salle d’interrogatoire. La porte blindée se referma sur lui, laissant la jeune femme seule avec ses doutes et un incommensurable sentiment de culpabilité.

    + + +

    Finalement, dans la vie tout était affaire de négociations et de marchés passés avec les personnes en mesure de vous apporter ce que vous voulez. Une fois de plus, la situation dans laquelle Aurélie se trouvait lui rappelait ce principe simple de l’existence. L’homme qui était venu prendre la suite de l’antipathique jeune femme aux cheveux roux avait eu du mal à dissimuler, au cours de l’entretien qui avait suivi, à quel point il était intéressé par ce qu’Aurélie avait à offrir. Un accord avait été conclu dans l’heure qui avait suivi : la chercheuse avait dû leur fournir l’intégralité des données expérimentales, faire une déposition complète sans omettre le moindre détail, et rester à disposition de l’équipe médicale du service en cas de problème avec la mise au point de la solution chimique. Une fois le produit achevé et testé, Aurélie avait craint un instant que les employés du gouvernement ne tiennent pas leur part du contrat, mais elle avait été soulagée quand on était venu lui annoncer qu’elle était désormais libre. Ils avaient même offert de la déposer en ville, le centre dans lequel elle avait passé les derniers mois se trouvant en rase campagne.

    L’agent au physique de rugbyman qui lui servait de chauffeur ne soufflait mot alors que la voiture suivait une route étroite bordée d’arbres, mais Aurélie n’avait pas vraiment envie de discuter avec lui. Elle laissa aller sa tête en arrière, et regarda défiler les peupliers par la vitre. C’était le matin : le ciel était encore teinté de la lueur rose de l’aube, lui rappelant qu’elle n’avait pas eu autant de sommeil qu’elle l’aurait voulu. Mais il n’était pas question de dormir pour le moment, au cas où cela inciterait son ange gardien à lambiner sur le trajet. Son plan était simple : passer la journée en profitant de son argent dans un hôtel de luxe, et prendre un peu de repos après toutes ces émotions. Ensuite elle attraperait le prochain avion pour un pays n’ayant pas de traité d’extradition avec celui-ci. Elle n’aimait pas beaucoup l’idée d’être liée à un Etat pour le restant de ses jours. Après tout, les administrations changeaient : si un remaniement amenait un jour à la place du compréhensif officier de renseignements avec lequel elle avait traité, un bureaucrate sans cervelle qui n’aurait que faire de leur accord ? C’était un risque qu’elle ne voulait absolument pas courir.

    Au bout d’un certain temps, leur Audi avait atteint le périphérique, et alors que le moteur vrombissait enfin à la puissance pour laquelle il avait été construit, Aurélie se détendit. Elle allait bientôt en finir avec tout cela. Elle se félicitait pour l’intelligence avec laquelle elle avait géré cette affaire. Le prix avait été élevé, mais elle avait finalement été la seule à s’en être parfaitement tirée. La liberté avait été sa récompense, mais le fait de se l’être gagnée lui donnait une saveur particulière. La voiture quitta la rocade pour se rendre en ville. Une fois passés les premiers lotissements, elle prit plusieurs tournants et se gara devant un petit pavillon discret avec jardin. Un endroit qu’on aurait pu difficilement faire plus anodin, bordé par d’autres maisons du même genre, anonymes et proprettes, difficile à remarquer si on ne sait pas ce que l’on cherche. Une de ces fameuses « safe houses » des films d’espionnage, sans le moindre doute. Le militaire coupa le contact et descendit, enjoignant sa passagère à faire de même. Il prit ensuite les valises dans le coffre et l’accompagna jusqu’à la porte. Alors qu’il faisait jouer la serrure, il expliqua :

    - C’est la dernière étape. Vous attendez ici, un autre agent viendra vous présenter votre « légende », c'est-à-dire votre nouvelle identité. Il vous aidera à vous familiariser avec elle. Ca n’a l’air de rien, mais c’est capital : il faut prendre l’habitude de réagir à un autre nom quand on vous appelle, changer votre signature… Il faut un certain temps pour s’y faire.

    Il déposa les valises dans le hall, puis revint vers elle en lui tendant un trousseau de clés.

    - Voilà, je vais vous laisser maintenant. Vous avez des questions ?

    Il avait le ton monocorde d’un professeur qui répète la même chose à des élèves un peu stupides d’année en année. Aurélie se demanda s’il faisait cela tous les jours. Etant donné son physique impressionnant, il ne devait pourtant pas avoir postulé pour cela.

    - Une seule. Vous savez pourquoi je suis ici ?

    - Je n’en sais rien, répondit-il d’un air las en haussant les épaules, et ce n’est pas mon problème. Tout ce que je sais, c’est que vous êtes une civile, et que les chefs ont jugé bon de vous offrir une protection. Mon rôle se borne à vous emmener d’un endroit sûr à un autre, et de vous expliquer ce que vous avez besoin de savoir.

    Aurélie hocha la tête. Un fonctionnaire. Pas la moindre once d’originalité ou d’esprit d’initiative. Elle abhorrait ces gens-là qui vivaient sur des rails, programmés comme des fourmis. Des fourmis compétentes certes, mais tout au plus des numéros sur les fiches de paye de l’Etat. Elle savait qu’elle n’aurait jamais pu être comme cela. Sans dire au revoir, la fourmi en question repartit en direction de la voiture et redémarra vers un but inconnu. La femme oublia son visage à l’instant même où elle referma la porte. Elle décida alors d’explorer la maison, mais alors qu’elle entrait dans le salon, elle étouffa un cri de surprise. La jeune femme rousse qui l’avait kidnappée à l’aéroport était attablée au milieu de la pièce, un fin dossier posé devant elle. Un élégant blouson de cuir noir sur les épaules tranchant avec la flamboyance de sa chevelure, les jambes croisées, elle toisait Aurélie avec beaucoup d’amusement devant son étonnement. Ses doigts fins jouaient avec un passeport qu’elle faisait tourner avec une dextérité consommée.

    - Vous, nota laconiquement Aurélie avec une froideur clinique.

    Ricanement de Marine

    - Il faut croire que mon chef a le sens de l’humour. Je ne vous aime pas davantage, si cela peut vous rassurer. Mais je suis une professionnelle : je fais mon travail et je le fais bien. C’est d’ailleurs à cela que vous devez votre arrestation.

    Elle désigna la chaise en face d’elle.

    - Ne soyez pas bête, et venez vous asseoir. Je ne porte pas d’arme, et plus tôt nous en aurons fini plus tôt vous et moi pourrons nous séparer.

    Aurélie acquiesça mais ne baissa pas sa garde pour autant. Alors qu’elle s’asseyait, Marine se leva et contourna la table, puis s’arrêtant à un pas d’elle, elle lui fit glisser le passeport. Elle le prit et l’ouvrit. Ce qu’elle vit la laissa une seconde incrédule : la photo n’était pas la sienne. C’était celle d’un de ses anciens sujets de test, dont le nom ne lui revenait plus mais dont le numéro (47b189) avait fini par s’inscrire dans sa mémoire à force de remplir des comptes-rendus d’expérimentations. Elle n’eut pas le temps de se retourner pour demander à Marine ce que cela signifiait : cette dernière lui agrippa un bras et la plaqua sur la table avec une inexplicable violence. L’avant-bras sur la nuque pour l’immobiliser, ignorant ses cris de douleur et de protestation, la jeune femme passa autour du poignet d’Aurélie le bracelet d’une menotte d’acier avant de ramener son autre bras dans son dos pour y refermer l’autre pince. Elle empoigna ensuite les cheveux de la femme, et la força à se mettre debout. Toujours sans répondre à ses cris, qui commençaient à prendre un ton implorant, elle lui retira ses vêtements un à un jusqu’à ce qu’elle soit nue, arrachant jusqu’à ses sous-vêtements. Aurélie essaya de résister, de se débattre, mais Marine était une experte. Quelques pressions subtilement réparties sur certaines parties du corps provoquèrent une douleur terrible qui obligea rapidement la femme médecin à se tenir tranquille. Il ne fallut que peu de temps avant qu’elle se retrouve totalement nue.

    Aurélie venait d’être affreusement humiliée. Le visage rouge, autant de colère que de honte, les cheveux en bataille, dénudée et incapable de dérober ses formes au regard pesant de l’agent qui n’était même pas essoufflée, elle avait incontestablement perdu de sa superbe. Marine savoura un moment le spectacle, attendant que le flot d’insultes que sa victime désespérée et confuse déversait sur elle se tarisse. Puis, alors qu’Aurélie cessait de crier pour reprendre son souffle, au bord des larmes, la jeune femme déclara d’un ton calme :

    - Tu devrais t’estimer heureuse que je ne te fasse pas davantage. J’aimerais bien que tu saches ce que ça fait d’être fouillée au corps. Ca ne te rappelle rien ?

    - Salope ! hurla Aurélie. Espèce de sale garce ! Qu’est-ce que tu essaies de prouver, hein ? Que j’ai été une méchante fille ? Tu te crois meilleure que moi peut-être ? Hein ?

    Sa voix se brisa et une larme roula sur sa joue. En regardant la goutte d’eau salée s’écraser au sol, Marine eut un triste sourire :

    - Enfin un début d’humanité. C’est un peu tard, mais ça prouve qu’il ne faut jamais désespérer.

    Plantant là la femme qui commençait à frissonner, toujours nue et attachée, elle alla chercher le dossier qui était resté sur la table. Elle en sortit plusieurs photographies qu’elle étala devant sa prisonnière. Elles représentaient des tas de cadavres, des cadavres de femmes peut-être une cinquantaine. Aurélie, reconnaissant certains de ses sujets de test, détourna brusquement les yeux, mais Marine lui saisit la mâchoire d’une poigne d’acier et la força à regarder.

    - Eh bien ? Où est-elle passée celle qui était si fière de son travail, hein ? La professionnelle consciencieuse et sûre d’elle, où est-ce qu’elle se cache ?

    La respiration de la femme s’accéléra. Marine voyait dans ses yeux qu’elle commençait à comprendre et la lâcha. Aurélie baissa alors la tête, toute arrogance évanouie. Elle se mit alors à pleurer, en courts sanglots douloureux qui agitaient sa poitrine.

    - Je suis désolée, murmura-t-elle enfin.

    - C’est faux, trancha sèchement Marine. C’est la peur qui te fait dire ça : tu ne t’en veux absolument pas de ce que tu as fait. Le seul regret que tu ressentes en ce moment c’est celui de t’être fait prendre. Et quand bien même tu serais sincère, ce n’est pas à moi qu’il faut le dire.

    La jeune femme l’attrapa alors violemment par la chevelure, et l’obligea à s’agenouiller, lui intimant de rester dans cette position sous peine d’une sanction immédiate et douloureuse. Elle alla ensuite chercher une mallette dissimulée sous la table. Elle l’ouvrit et en sortit un jeu de courroies de cuir, à l’aspect horriblement familier pour l’ancienne chercheuse. Elle les installa ensuite sur la table, les fixant un moyen d’un astucieux système qui permettait de les adapter à la taille du meuble. Saisissant de nouveau les cheveux de la femme elle la fit se remettre debout et la força à s’y allonger sur le ventre. Aurélie se débattit avec l’énergie du désespoir, mais la jeune femme était beaucoup trop forte pour elle, faible et déjà entravée. Elle n’eut plus qu’à resserrer les sangles autour de ses membres pour que sa prisonnière se retrouve complètement immobilisée, la tête et les pieds nus dépassant à l’extrémité de la table, les bras toujours attachés dans le dos.

    Un bruit feutré de pas sur le sol moquetté se fit entendre alors que dans le dos d’Aurélie, quelqu’un descendait les marches de l’escalier qui menait aux chambres. Face à un mur, incapable de se tourner, elle ne pouvait voir de qui il s’agissait mais elle perçut le frôlement du blouson de Marine, qui venait vraisemblablement d’étreindre le nouvel arrivant. Puis une femme entra dans son champ de vision, et Aurélie reconnut aussitôt la fille sur le passeport, son ancien sujet de test préféré. Mais elle était très différente, ainsi dressée de toute sa taille sur ses pieds nus, portant un jean et un pull à col roulé, avec un regard d’une dureté qu’elle n’avait jamais vue, même dans les yeux de Marion l’ancienne gardienne chef de la clinique. Allongée, nue, et forcée de redresser la tête pour contempler son ancienne cobaye, Aurélie ne s’était jamais sentie aussi vulnérable de toute sa vie.

    - Je parie que tu ne te souviens même pas de mon nom, énonça Kyra en une froide constatation.

    La femme resta sans voix. La bouche entrouverte, on sentait qu’elle voulait dire quelque chose, mais même sa respiration était inaudible.

    Kyra secoua la tête :

    - C’est bien ce que je pensais. La seule fois où tu as utilisé mon nom, tu regardais sur tes fiches. Valérie avait raison, nous n’avons jamais été des personnes, pour vous.

    Soupir de lassitude.

    - Ca n’a plus d’importance.

    La jeune femme contourna la table et prit la sacoche que Marine venait de lui tendre. Elle la posa sur la table et en sortit deux seringues, l’une remplie d’un sérum de couleur claire, l’autre d’une solution opaque. Elle les aligna toutes deux côte à côte avec un tintement qui résonna sinistrement dans la pièce silencieuse. Tout le corps d’Aurélie fut parcouru d’un impressionnant frisson de terreur.

    - Bon Kyra je te laisse maintenant. Le passeport est là, et dans le tiroir tu trouveras tous les papiers nécessaires. Quand tu auras fini, envoie un texto à Richard, il viendra te chercher, et tu pourras travailler ta légende avec lui, avant de laisser tout çà derrière toi.

    La voix de Marine se fit anxieuse, avec une légère solennité :

    - Dis-moi juste… est-ce que tu me pardonnes ?

    Kyra la regarda alors droit dans les yeux et répondit, avec son premier sourire depuis une éternité :

    - Oui. Merci d’avoir fait ça pour moi. De prendre ce risque. Peut-être que je vais finalement être capable de faire confiance à quelqu’un, après tout.

    - C’est le moins que je puisse faire. Tu n’as rien mérité de ce qui t’est arrivé, depuis le début. Je pouvais t’offrir une seconde chance, et je l’ai fait. Merci à toi de l’avoir saisie.

    Les deux jeunes femmes se turent, échangeant un regard d’une intensité rare. Puis, sans rien ajouter Marine tourna les talons et fit trois pas en direction de la porte mais s’arrêta quand Aurélie glapit, complètement paniquée :

    - Attendez ! Je vous en supplie, je vous en implore, ne me laissez pas seule avec elle ! Je vous en prie, je vous donnerai tout ce que vous voudrez…

    Marine lança par-dessus son épaule, un sourire narquois aux lèvres :

    - Vous n’avez plus rien à offrir, madame. Je ne doute pas que les quelques dizaines de doses de produit miracle que Kyra a ici avec elle auront toute l’efficacité que vous leur avez voulues. Rendons à César ce qui est à César : je suis persuadée qu’en bonne professionnelle vous avez une fois de plus fait de l’excellent travail. Mais une trouvaille aussi géniale soit-elle doit être validée par l’expérimentation, n’est-ce pas ? Une véritable expérience, avec pour seules limites celles du corps : vous serez plus que jamais en terrain connu.

    Puis sa sentence énoncée, la jeune femme sortit et referma la porte, abandonnant le bourreau aux mains de sa victime.

    + + +

    Marine resta un long moment sur le perron à contempler le soleil matinal. L’air était froid, très froid même, mais il ne neigeait pas encore. Malgré l’air glacial, elle aimait ces matinées de beau temps. La rue était silencieuse : aucune voiture, et les murs insonorisés de la maison rendaient les hurlements d’Aurélie complètement inaudibles. La jeune femme s’étira longuement puis descendit les quelques marches jusqu’au jardin, en songeant aux derniers évènements.

    C’était fini. Tout le monde y trouvait finalement son compte. L’Etat se voyait doté d’une nouvelle arme qui lui donnerait un avantage considérable durant les prochains mois de la guerre du renseignement. L’organisation criminelle dont Aurélie et tant d’autres avaient fait partie avait été démantelée, et l’ensemble de leurs victimes identifiées. Et Kyra se reconstruirait ailleurs, dans une nouvelle vie. Lorsque Marine lui avait demandé si elle était prête à renoncer à son existence passée pour en démarrer une autre, la jeune femme avait répondu qu’elle était morte il y avait plus d’un an, entre les mains de ses bourreaux, et que son ancienne vie ne signifiait plus rien. Il lui fallait devenir quelqu’un d’autre, afin d’être capable de s’accepter de nouveau. Des paroles qui avaient bouleversé Marine.

    Alors qu’elle marchait dans la rue, elle sortit distraitement un paquet de cigarettes de sa poche, et en porta une à ses lèvres. Sa première depuis qu’elle avait intégré l’armée. Cette mission avait changé à jamais sa vision du monde : elle en avait beaucoup appris sur la nature humaine, et sur elle-même aussi. Elle avait beaucoup douté ces derniers temps, mais elle savait désormais où elle allait, et ce pour quoi elle s’était engagée. Et cette pensée réchauffa son cœur malgré la froide étreinte de l’hiver, tandis que ses doutes s’envolaient aussi légèrement que la fumée qu’elle expirait avec délectation.


    FIN
    Last edited by Tenebrae; 01-28-2010 at 05:26 AM.


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  2. #2
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    Yes ! Je serai donc le premier qui aura terminé de lire l'histoire ! Certes, les choix furent difficiles entre les parties sanglantes d'opérations spéciales de COD4 et les courses même-pas-peur sur FM3, les périodes de fêtes n'étant guère propice aux soirées lecture au coin du feu pour tout gamer qui se respecte. J'ai donc finalement opté pour le buro où ils sont tous en congé. Sauf moi, ou presque. La paix royale pour lire tranquillement les 120 pages des deux dernières parties. Et en plusieurs jours bien sûr, pour faire durer le plaisir.

    Exceptionnel, à tous points de vue. Une ambiance, des personnages sophistiqués, une histoire à rebondissement avec un goût de la mise en scène qu'on n'a pas été surpris de retrouver : bref, du grand Tenebrae. Pour d'ailleurs le contredire et pour une fois (non ce n'est pas du Belge), je n'ai personnellement été choqué par aucune scène soi-disant violente, sans doute aussi parce que j'ai dévoré cette année "la Forêt des Mânes" de Grangé ou encore "l'Ame du Mal" de Chattam. Même pas peur ici non plus.

    Je comprends mieux à présent la raison des photos publiées récemment par le même coupable dans un autre fil (thread) de ce forum. Les profs de gym fétichistes sont les plus dangereux bourreaux, c'est de notoriété publique !

    Le passage que j'ai préféré est sans hésiter celui de la privation sensorielle. Est-ce un si effrayant supplice ? Je ne le crois pas. Je suis même persuadé du contraire. Et peut-être même au point d'avoir une envie assez folle et pas si irréaliste que cela. Car comme le dit Kyra : "une trouvaille aussi géniale soit-elle doit être validée par l’expérimentation, n’est-ce pas ? Une véritable expérience, avec pour seules limites celles du corps..."

    dit-elle !
    Last edited by Peheff; 12-30-2009 at 02:30 PM.
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  3. #3
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    Aurais-je pu imaginer un plus beau cadeau pour commencer l'année 2010 que la critique élogieuse de celui qui m'a donné l'envie d'écrire ? Merci de tout coeur, mon ami cela me touche.

    Par contre j'en connais une qui va regretter sa témérité. Déjà qu'elle joue avec un compagnon qui n'a plus rien à prouver en matière d'ingéniosité sadique, le voilà maintenant qu'il va chercher des idées chez un autre tortionnaire notoire ! Que dieu vienne en aide à cette pauvre âme sacrifiée


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  4. #4
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    muy bueno

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